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Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours

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Un vieux cheval de retour : l'écrêtement des crues à Grangent

     

Suite à la transmission de documents par zoom42.fr....

 

 

    Les polémiques sur le passage de la crue à Grangent repassent un plat réchauffé.

De crues en crues, les mêmes arguments sont repris avec un manque de virginité évident. Après celle de septembre 1980, 3 plaignants avaient cité EDF à comparaitre en référé auprès du tribunal de Grande instance de Montbrison avec les mêmes griefs. Les 3 parties reprochaient au gestionnaire du barrage de ne pas avoir écrêté la crue et avaient présenté au tribunal une simulation de passage de la crue pour diminuer le débit maximal instantané rejeté vers l’aval du même type de celle qui est arrivée pour le 2 novembre 2008.

                                                                              A l’époque j’avais été contacté par l’expert auprès du tribunal et nous avions échangé nos connaissances sur le sujet.  28 ans après, la même question revient jusqu’à moi et je crains que les mêmes réponses doivent être répétées.

Outre le cahier des charges qui ne prévoit pas la fonction et l’absence d’exemples historiques depuis 1957, Grangent n’est pas conçu techniquement pour écrêter les crues. Centrale d’éclusée à faible capacité, les variations de la retenue sont limitées. Le creux en dessous de la cote maximale est toujours limité car la production d’électricité dépend de la hauteur de la prise d’eau pour la chute.

 

    Pour pouvoir écrêter le maximum instantané, il faut donc vider le barrage entre le moment où la crue est formée en amont et son arrivée. Le nombre d’heures utilisable pour ce vidage est donc très court. Le calcul qui m’a été transmis commence l’opération le 1er à 16 heures quand la pluie débute et que la crue n’est pas formée : une spéculation irréaliste faite ultérieurement car avant les premières heures du 2 novembre, il est difficile de deviner l’ampleur de l’événement. En réalité, le nombre d’heures utilisable pour l’opération est très réduit.

    Pour vider le barrage, il faut créer une crue fictive vers l’aval, même dans les conditions présentées, elle atteint déjà 1000 m3s dès le début de la nuit. Un risque certain pour l’aval d’autant plus que 1000 m3s minore singulièrement le débit à rejeter vers l’aval pour absorber ensuite le maximum si on prend en compte le nombre d’heures réellement utilisable. En 1980 les calculs montraient qu’il fallait au moins 1600 m3s soit une crue de l’ordre de celle de décembre 2003.

    Toujours pour vider ce barrage, il faut ouvrir les vannes. Plus le niveau du barrage baisse, plus le débit, qu’elles rejettent vers l’aval, diminue car la retenue descend à l’altitude de base des vannes, ce qui rend l’opération inefficace.

    Enfin, le barrage peut être quand même rempli avant le passage du maximum en provenance de l’amont et l’opérateur est obligé de monter brutalement le débit rejeté à l’aval au niveau de celui qui arrive. Ceci s’est produit à Lavalette en septembre 1980 où le rejet vers l’aval passe brutalement de zéro à 1100 m3s !

    Mon article déjà publié dans le numéro 67 de novembre 2008 des « Nouvelles de la Loire » et celui à paraitre dans le prochain numéro du magazine « La Loire et ses terroirs » montrent que l’écrêtement du maximum de novembre 2008 aurait été encore plus complexe à effectuer à Grangent en raison des spécificités de volume et d’écoulement de la crue.

 

    Tenter d’écrêter une crue majeure à Grangent est un exercice de haute voltige, susceptible d’ajouter des risques !

 

Gérard Staron

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