Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
La vague de froid commencée lors du week-end dernier a recouvert de blanc une très grande partie de l’Europe. Une pellicule est venue terminer sa course dans le nord-est du Massif central descendant jusqu’au niveau de la ville de Saint Etienne à deux reprises à 500 mètres, dimanche et mardi matin. La couche n’est stable depuis samedi qu’au dessus de 800 mètres avec environ 5 cm relevés à Montregard à 1000 mètres.
Les cartes d’enneigement transmises par les satellites américains montrent la semaine dernière une Europe indemne de neige à l’exception de quelques montagnes Scandinaves. Depuis l’ensemble de la plaine de l’Europe du nord des régions Rhénanes jusqu’à la Russie est recouverte. Le manteau le plus étendu occupe le continent jusqu’à une latitude assez basse puisque la limite de son extension se moule sur l’axe des Alpes aux Carpates jusqu’en Roumanie. A l’est, la neige occupe une grande partie de l’Ukraine et approche à une centaine de kilomètres des littoraux de la mer Noire au niveau d’Odessa. Ensuite la Limite remonte jusqu’à la région de Moscou et rejoint l’Oural.
A l’ouest, ce type de document permet mal de suivre l’enneigement car il ne reconnaît que des carrés de 50 km2 ce qui minore singulièrement les zones représentées. Le manteau a atteint au maximum dimanche les Ardennes, la Lorraine et les Vosges, sans descendre dans la partie méridionale de la plaine d’Alsace. Sous réserves de vérification, la région de Strasbourg semble blanche alors que celle de Colmar et Mulhouse pourtant plus élevée, mais à l’abri derrière les reliefs, parait ne pas être atteinte. Ailleurs le manteau ne concerne que des espaces montagneux limités sur l’axe Pyrénéo-cantabrique, le Massif central et les Alpes où les épaisseurs ont été consolidées.
Plus au sud l’arrivée de l’air froid sur la Méditerranée n’a pas été sans conséquences. Le contraste entre le froid en altitude et la tiédeur de la Grande bleue dont la température des eaux profondes ne descend pas en dessous de +13° n’a pas été sans conséquences.
Les vents violents du week-end dans le Var avec leurs problèmes sur les caténaires ont sérieusement perturbé la circulation des trains. Quand l’air froid descend des reliefs, il prend de la vitesse, il est aspiré par la tiédeur méditerranéenne et un doux zéphyr se transforme en tempête. Samedi à 16 heures, au maximum de l’arrivée de l’air froid en Méditerranée, une rafale maximale de 17 km/h à Lyon se transforme en un mistral de 74 km/h à Istres et une tempête de 133 km/h le long des cotes varoises. Au passage, la direction des flux change, de nord en vallée du Rhône, ils passent à l’ouest le long de la côte d’Azur avec une courbure classique liée à la déviation des courants à la surface du globe.
Cédric, que je salue au passage m’a signalé par un commentaire sur mon blog, une tornade, plutôt 2 trombes, en Méditerranée, le 24 au niveau des îles Baléares. Ceci correspond au moment de l’arrivée d’un air très froid en altitude (-33° à Marseille, -29 à Madrid ) vers 5400 mètres sur une mer dont la température de surface dépasse 17,5° ce jour là, ce qui correspond à presque 1° par 100 mètres. Quand l’air froid aborde la Grande Bleue à partir de l’Espagne, Il aspire violemment cet air tiède. Des masses orageuses se développent et sous elles des tornades ou trombes peuvent se former. Dans un orage, une trombe nait sous les masses nuageuse car l’air est fortement projeté en altitude, soit en raison de l’instabilité de la forte chaleur régnant au sol, cas le plus courant en été, soit par l’aspiration d’un air très froid en altitude. Des faits de ce type ont eu lieu dans le nord de la France à Calais, dans la région de Tours et déjà en Méditerranée lors de gros contrastes thermiques altitudinaux..
La chute de neige ou de grêle d’Antibes correspond à une forme différente du même mécanisme. Les masses nuageuses liées à l’aspiration de l’humidité tiède de la mer par le froid situé au dessus sont propulsées violement à des niveaux d’altitude aux températures fortement négatives. Les premières particules gelées servent de noyaux de congélation et autour d’elles s’accumulent par couches successives soit de la glace, soit des flocons en fonction de la plus ou moins grande violence du mécanismes et des va et vient successifs dans le nuages avec l’instabilité qui poussent les particules vers le haut et leur poids de plus en plus lourd qui les envoie vers le sol. Je ne rentrerai pas dans la polémique branchée de la Côte d’Azur pour savoir s’il s’agit de grêle ou de neige n’ayant pas vu les résidus de la chute, mais il existe tellement de types de flocons intermédiaires comme la neige roulée, pour dérouler le problème !
D’autres chutes de neige ont aussi affecté, la montagne Corse au niveau du col de Vizzavone, l’Italie et surtout l’ensemble des Balkans. Quand ces masses nuageuses instables arrivent le long des côtes. Elles déposent de fortes pluies dans les zones basses, puis en montant le long des reliefs qui bordent la Méditerranée, elles se transforment en neige avec la baisse rapide des températures.
C’est ainsi qu’il existe un dernier gros ensemble enneigé isolé vers le sud depuis le dernier week-end : les Balkans. La neige occupe la crête des Alpes dinariques de la Croatie jusqu’au massif du Pinde en Grèce. Elle recouvre une grande partie du versant continental sur la Macédoine, la Bulgarie et la Serbie en direction des Plaines danubiennes.
Dans ces zones, l’air tiède Méditerranéen passe de la pluie à la neige en montant le long du versant longeant la Mer Adriatique. En redescendant sur le versant continental, les masses nuageuses rencontrent à nouveau l’air froid en provenance des hautes latitudes. Les précipitations se poursuivent alors sous une forme solide à des altitudes bien plus basses. Ceci explique la dissymétrie de l’enneigement entre les deux versants de la Chaîne dinarique.
L’arrivée d’une vague froide dans la seconde partie du mois de novembre est statistiquement avérée. C’est la seconde année consécutive que le phénomène est observé. En 2007, la gelée l’avait emporté avec des températures très basses : -6,7° à Saint Etienne -6° à Lyon Bron et -12° sur le Pilat, le 18 novembre. Les dates médianes d’arrivée de la première neige correspondent souvent à cette période : 15 et 24 novembre à Saint Etienne selon la station, 26 novembre à Clermont Ferrand, 24 novembre à Limoges 23 novembre à Roanne et 22 novembre à Guéret pour prendre des villes où l’on peut écouter Radio Espérance sur la bande FM. Après l’été de la Saint Martin entre le 8 et le 11 novembre, les températures plongent souvent et les premières manifestations hivernales se multiplient, ce qui excite beaucoup de concitoyens
L’épisode hivernal qui se termine n’est pas sans particularités avec une arrivée massive de la neige et une extension géographique continentale. Les prémices de la descente arctique entre les hautes pressions atlantiques et la dépression finlandaise sont visibles dès le jeudi 20 novembre. Le vendredi, l’air froid aborde le nord de la France, mais c’est dans la nuit de vendredi à Samedi avec le retour de la neige sur les montagnes qu’elle nous affecte. Dans la journée de samedi, les chutes de neige se renforcent sur l’Autriche. La descente des reliefs vers la Méditerranée provoque la tempête du Var et plus loin la neige des Balkans.
A partir de Dimanche, l’air froid consolide sa position sur le continent. Lundi il poursuit sa descente en Méditerranée, atteint les Baléares avec les trombes, puis le Maroc. Au maximum, mardi, il termine sa course sur l’Atlas marocain et aura affecté toutes les régions au nord d’une diagonale qui s’étire du Maghreb à l’Italie du sud et à la Grèce.
Voilà un épisode qui va plomber les températures de novembre d’une grande partie de l’Europe, comme l’an dernier. La neige reculera probablement, mais elle restera une grande partie de la saison sur les Massif montagneux et les régions continentales de l’Europe.
L’hiver commence en avance !
Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte de cette chronique est repris sur zoom42 et zoom43.fr et sur ce blog.
Bonne semaine à tous.