Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
Les avatars sportifs de l’hiver 2009 (Football, ski alpin etc…)
De nombreux sports ont été perturbés par les conditions climatiques : Football, ski alpin, etc
L’hiver 2008-2009 laissera des traces dans de nombreux domaines. Nous avons déjà relaté les dégâts liées aux tempêtes, les problèmes posés par le verglas ou les chutes de neige lourdes, les inondations localisées, mais il y a un domaine dans lequel l’impact des conditions climatiques m’intéresse plus particulièrement depuis quelques années, le sport. Pour sortir des sujets très sérieux, je vous propose un bilan non exhaustif des perturbations que j’ai pu constater.
Pourtant cette fois il s’agit peu du cyclisme, ma préoccupation des dernières années[1]. A cette époque de l’année ce sport commence sa saison sous des climats privilégiés, avec le Tour Down Under en Australie , celui du Katar et bien d’autres à des latitudes plus clémentes. Ceci n’a pas empêché la seconde étape du Tour de Californie, arrivant à Santa Cruz d’être très copieusement arrosée le long des côtes du Pacifique. Le ligérien Cyril Dessel a chu et a dû abandonner le lendemain.
En Europe, les pelotons ne sont pas encore sortis des rives de « grande Bleue », pourtant une étape du Tour méditerranéen arrivant à Istres a dû être raccourcie de 133 à 78,5 km en raison d’un glissement de terrain, hérité des intempéries du mois de janvier qui avaient submergé de neige la région Marseillaise.
Si le sport automobile apprécie la neige en raison du caractère spectaculaire qu’il donne aux Rallye, celui de Monte Carlo en a connu plus que d’habitude avec parfois des changements complets d’état de la route entre la spéciale du matin et celle de l’après–midi à Saint Bonnet le froid. Sur la neige et le verglas le matin, avec 2 sorties de route, l’épreuve se déroule sous la pluie et le brouillard l’après-midi avec des restes neigeux en forêt. Pourtant, une épreuve automobile a été annulée en raison du brouillard dans la Cordillère des Andes dans le Paris-Dakar qui se déroulait cette année dans l’été austral de l’Argentine et du Chili. Paradoxal !
La neige est l’élément indispensable des épreuves de ski mais aussi l’ennemi lors des chutes au moment des courses. Le ski alpin, surtout La descente épreuve de vitesse par excellence, nécessite des conditions optimales. La visibilité doit être suffisante du départ à l’arrivée, le vent ne doit pas souffler en rafale, la piste préparée et soignée doit rester une véritable patinoire de neige glacée obtenue à grands renforts d’arrosages. Toute neige fraîche doit être déblayée. Val d’Isère en a fait l’expérience cette année. Alors que de très nombreuses fois le Critérium de la première neige a dû être reporté par manque de matière première blanche, cette année, la mise en place d’un manteau très précoce a perturbé l’épreuve. Lors des derniers championnats du monde, Météo France avait placé un arsenal exceptionnel. Quatre prévisionnistes, deux de Bourg saint Maurice et deux de Bron se sont relayés en permanence avec à disposition une station « synergie », un poste « Dolmen », un radar mobile etc. L’altitude élevée de la mythique face de Bellevarde dont le sommet se situe à 2807 m demandait de connaître précisément l’altitude de base des masses nuageuses. Tout cet arsenal n’a pas empêché une épreuve d’être reportée et une autre annulée « celle par équipe » en raison de chutes de neige qui ont obligé à reprendre la préparation des pistes.
A l’autre bout de la planète, en Corée, les épreuves de Biathlon manquaient cruellement d’enneigement. L’impression donnée par les images montrant une piste blanche, ou la neige artificielle devenait de la bouillabaisse, contrastait avec un paysage totalement découvert.
Les chutes de neige peuvent aussi rendre difficile le déplacement des équipes sur les lieux des compétitions. Les îles britanniques ont reçu à plusieurs reprises de grosses couches qui ont défrayé la chronique. L’équipe de France de Rugby a eu des difficultés pour rejoindre Dublin et disputer son premier match du tournoi des 6 nations avec une défaite !
Les plus grosses polémiques ont concerné le football. Si la ligue 1 a remis son calendrier à jour mardi dernier avec les 3 matchs en retard de la 20ème journée, plus on descend dans les divisions inférieures, plus les équipes ont accumulé des matchs en retard.
En National, ce n’est pas un hasard si les seuls clubs qui connaissent un calendrier à jour sont Sète et Cannes. La chute de neige de la région marseillaise a laissé des traces à Istres et Arles.
Dans un groupe de CFA, seul Toulon Agde et Monaco sont aussi à jour. Un nombre de match conséquent se sont déroulés sous des chutes de neige en particulier pour Saint Etienne et Sochaux.
La polémique a concerné plus particulièrement le samedi 10 janvier pour la 20ème journée de ligue 1 où il y a eu la concordance entre une vague de froid, la programmation d’un multiplex de télévision qui obligeait le début des matchs à 21 heures dans toute la France et des menaces sur les clubs en vertu de l’article 333 du règlement « Les clubs ont l’obligation de respecter la programmation des rencontres dans de bonnes conditions au moyen notamment d’un système de protection des terrains ». Ceci n’a pas empêché le report de 3 matchs de ligue 1 au Mans où il faisait à 21 h -3,3°, à Valenciennes et Nancy où le thermomètre descendait en dessous de -8° au même moment. Saint- Etienne-Sochaux s’est tenu par des températures de l’ordre de -7°, La Tribune Le Progrès titrant « Saint-Etienne prend un coup de froid ». Ce soir là, la température était négative sur toutes les régions au nord-est d’une ligne allant de la Bretagne au Poitou et aux Alpes avec -10° à Sedan où aurait dû se dérouler une rencontre de ligue 2 le même week-end.
La ligue professionnelle et la télévision se sont renvoyées la responsabilité d’une heure nocturne déjà artificielle pour faire du sport, encore plus en plein hiver par vague de froid. Le gel a la particularité de durcir le sol donc de rendre plus les chutes et les contacts plus dangereux. Par ailleurs quel est le coût de ces souffleries d’air chaud sous des bâches pendant des jours entiers, ou pour les grands stades les systèmes réchauffant dans la pelouse?
Quand un sport fait son calendrier à l’avance, il ne connaît jamais les aléas auquel il risque d’être confronté en raison de la variabilité interannuelle, Il est vrai que les 3 mois de janvier antérieurs avaient été particulièrement doux, ce qui a pu faire croire que cette situation pourrait continuer.
Pourtant, si les responsables avaient consulté quelques calendriers de probabilité de la progression de l’hiver dans la saison, ils se seraient rendus compte qu’il existe un maximum de chance d’avoir dans la première quinzaine de janvier de la neige au sol et des vagues de froid. Je pense en avoir publié quelques uns[2]. Mettre les matchs à 21 heures à cette date, c’est aussi balayer les rythmes diurnes des températures, d’autant plus qu’en début d’après midi le thermomètre était positif sur une grande partie de la France. A ce moment de l’année, la nuit apparaît dès 17 heures. En cas de journée ensoleillée, le maximum thermique se produit vers 14 heures et ensuite le refroidissement commence. Il s’écoule 7 heures jusqu’à 21 heures quand commence le match et 9 heures jusqu’à leur fin. Ceci contredit les propos de la ligue de football professionnel : l’horaire de 21 heures « n’est pas un frein : un terrain qui n’a pas gelé peut tenir encore 5 ou 6 heures ». Le décompte horaire n’y est pas. En plus comme il gelait depuis de nombreuses journées, la situation des terrains même réchauffés, était certainement déjà limite au moment le moins froid de la journée.
Tout ce petit monde aurait besoin de cours de climatologie !
Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de radio Espérance à 13 h 15, le texte étant repris par le portail zoom42.fr et ce blog.
[1] J.P. Bourgier et G. Staron « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » 2007 L’Harmattan , collection Espaces et temps du sport ( disponible auprès des auteurs)
[2] Gérard Staron « L’hiver dans le Massif central, étude de climatologie et d’Hydrologie »1993 Publications de l’Université de Saint Etienne, thèse de doctorat d’état.