Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
Je vais tenter dans cette chronique une analyse globale de l’épisode pluvieux catastrophique qui a affecté pour le week-end de la Toussaint la Loire, départements et fleuve.
Il s’agit d’un épisode cévenol extensif .Il survient à un moment de l’année où la probabilité de ce type de précipitations a le plus de chance de s’étendre en dehors de sa région de prédilection : les Cévennes et les littoraux méditerranéens. La dernière décade d’octobre et la première de novembre partagent avec la dernière de septembre, le risque le plus grand pour ce type de calamités. On peut citer le 1er et 2 novembre 1968, novembre 1976, novembre 1996 et la liste pourrait s’allonger.
Les ingrédients météorologiques qui provoquent ce type de précipitations intenses sont toujours les mêmes et souvent décrits sur cette antenne :
--Une descente froide très vigoureuse se produit cette fois selon une trajectoire des Iles Britanniques à la Péninsule Ibérique et atteint le Maroc.
--Une recharge en humidité classique s’effectue sur la Méditerranée avec un phénomène de cheminée, l’air froid surmontant la mer chaude
--Un blocage, ici par un anticyclone d’altitude sur la Méditerranée orientale, rabat et maintient les pluies vers les Cévennes et la France du sud.
A ce niveau on met le doigt sur la première originalité de cet épisode calamiteux. Le blocage est tellement total que les masses pluvieuses n’ont eu qu’une possibilité celle de tournoyer sur la France jusqu’à leur résorption et ceci, le jeudi 6 novembre. La pluie la plus intense a lieu au début, 31 octobre sur les Cévennes, puis 1er et 2 novembre en Velay et Forez, ensuite elle diminue. Il y a un précédent célèbre de blocage total en septembre 1980 pour la seule crue de la Loire qui a dépassé celle que nous venons de connaître sur le bassin supérieur du fleuve depuis 100 ans : maximum de 3500 m3S en septembre 1980, et de 3000 m3s pour le jour des morts 2008 ! Pour trouver plus, il faut remonter à octobre 1907 et aux crues du XIXème.
Ce n’est pas un hasard s’il y a une ressemblance dans la répartition géographique des pluies entre la crue de septembre 1980 et celle que nous venons de connaître.
Dans les deux cas, les pluies sont centrées sur l’axe de la ligne de relief de la bordure est du Massif central, alors que dans une pluie cévenole classique, le versant ardéchois reçoit l’essentiel des pluies. Ceci explique que la crue ait été modeste sur les affluents du Rhône, comme l’Ardèche, la Cèze, les Gardons, l’Eyrieux ou le Doux, qui ont l’habitude de recevoir plus de précipitations pour réagir. Les cours d’eaux de l’autre versant, la Loire ou l’Allier, qui sont moins coutumiers de tels abats ont fortement débordé.
Dans les deux cas, septembre 1980 et le jour des morts 2008, les pluies maximales sont décalées vers le nord le long de cet axe montagneux de l’est du Massif central avec un maximum entre les massifs du Tanargue et du Mézenc, soit à proximité des sources de la Loire et de l’Allier. Les bassins amont ont pu donner l’impulsion à la crue du fleuve et de son principal affluent.
Toutefois des différences interviennent entre la répartition géographique des pluies de ces 2 grosses crues de la Loire.
En Septembre 1980, les fortes pluies étaient remonté seulement jusqu’au Pilat alors que la semaine dernière elles l’on dépassé largement vers le nord pour atteindre les monts du Beaujolais avec plus de 50 mm jusqu’au sud de la Saône et Loire, mais aussi la plaine et les monts du Forez qui reçoivent plus de 70 mm.
Ceci explique l’importance des inondations dans 3 secteurs qui ont réagi d’autant plus qu’ils sont très rarement les destinataires de telles extensions de la Pluie.
D’abord le Gier est très exposé en raison de son cours le long du rebord septentrional du Pilat. Chaque fois que des grosses pluies méditerranéennes dépassent ce relief, comme en novembre 2002 et surtout décembre 2003, les inondations coupent un temps les voies de communication entre Saint-Etienne et Lyon, autoroutières comme ferroviaires. Des sites urbains sensibles, comme cette fois Rive de Gier, sont affectés. Les ruissellements descendant des versants ne peuvent rejoindre une rivière corsetée sous une couverture. Pour en savoir plus voir les explications sur mon blog !
Ensuite les rivières descendant des monts du Lyonnais et du Beaujolais sont concernées comme l’Azergues d’un côté, la Toranche ou la Coise de l’autre.
Enfin ceci explique que la crue de la Loire ait continué à enfler assez loin vers le nord jusque dans la plaine du Forez avec un maximum de 3000 m3s alors que celle de l’Allier a assez vite perdu de son importance dans les gorges puis dans les Limagnes en raison de la faiblesse des apports des affluents de l’aval.
D’autres particularités ont pu surprendre :
D’abord les pluies sont globalement beaucoup plus faibles que lors des inondations précédentes (1980, 1996, 2003 etc.) alors la crue est la seconde des 100 dernières années sur la Loire supérieure. Les précipitations sont arrivées sur un sol saturé d’eau après un mois d’octobre très arrosé. Le ruissellement et le coefficient d’écoulement vers les rivières ont été fortement augmentés par rapport aux autres crues survenues après des périodes sèches !
Ensuite, le déplacement du maximum de la crue de la Loire vers l’aval est exceptionnellement rapide : seulement 4 heures entre Chadrac, et Bas en Basset, encore 4 heures entre Bas en basset et la Plaine du Forez, et 10 heures de traversée de la plaine du Forez. Les fortes pluies se sont déplacées vers l’aval plus vite que la crue, et ont accéléré son déplacement faisant précéder les apports des affluents par rapport à l’onde principale du fleuve venant de l’amont. Si le maximum du Lignon du velay arrive presque en même temps que celui de la Loire à Bas, dans la Plaine, les crues du Furan, de la Toranche , de la Coise sont passés à la confluence bien avant le maximum de la Loire, Le décalage dépasse 24 heures dans la région de Roanne pour le Rhins ou le Sornin. Ceci explique peut-être que certains se plaignent de ne pas avoir été prévenus à temps
Comme toujours la crue a permis de ressortir les vieilles polémiques sur les barrages. La place de cette question dépend, pour certains milieux, de la possibilité d’utiliser l’événement pour régler des comptes avec tel ou tel ouvrage.
L’information principale a été totalement ignorée. Après 2003, pour la seconde fois, le barrage de Villerest a écrêté la crue dans des proportions importantes. De 2900 à 3000 m3s dans la plaine du Forez, elle sort du barrage à 1700/1800 m3s. Les secteurs en aval à partir de Roanne ont été protégés d’une inondation beaucoup plus importante.
Plusieurs vieilles querelles sortent à propos du barrage de Grangent. Comme après septembre 1980, il a été accusé de ne pas avoir écrêté la crue. Des plaignants avaient été déboutés alors contre E.D.F., j’avais même été consulté par l’expert auprès du tribunal ! Grangent n’a hélas ni la capacité, ni le cahier des charges pour permettre une telle fonction
Le barrage du Gouffre d’Enfer sur le Furan est depuis quelques années utilisé pour protéger la ville de Saint Etienne. La crue du Furan n’a pas fait parler d’elle sur la ville et en conséquence, la retenue s’est remplie de 500000 m3. Cette situation fait naître des craintes peu compréhensibles !
Cette dernière inondation pose aussi un problème de prévision. Dès jeudi 30 octobre, j’avais senti le danger de la situation météorologique en incitant à la « vigilance » sur zoom42.fr « situation à surveiller d’autant plus qu’il est difficile de prévoir l’extension des pluies au-delà des zones citées (soit du Mézenc au Pilat) ». Pour la 3ème fois cette année, le système d’alerte de Météo France a raté une catastrophe naturelle importante !