Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
Nous venons de connaître un équinoxe d’automne atypique !
Chez nous, c’est le moment traditionnel des grosses pluies et inondations cévenoles par vent de sud. La dernière décade de septembre connaît la fréquence la plus importante de ce type de catastrophes, souvenez vous la crue de la Loire de 1980, Vaison La Romaine en 1992, et bien d’autres qui ont moins marqué les esprits. Il n’en est rien cette année. Pour trouver des grosses pluies dans le bassin méditerranéen, il faut descendre dans le Levant espagnol et encore ces inondations sont causées par une situation atmosphérique décalée.
Depuis la semaine dernière, il s’est progressivement installé sur l’Europe, un type de temps de nord-est qui constitue la hantise des populations en hiver, Le Moscou-Paris qui évoque des frissons chez ceux qui se souviennent de février 1956 ou de la saison froide 1962-63 qui conservent encore de nombreux records absolus de froid en particulier pour des stations du Massif central. Le -30,6° de Marsac en Livradois ou d’Egliseneuve d’Entraigues en février 1956, par temps de nord-est, constituent les températures les plus basses jamais observées sous abri dans ce relief au cœur de la France.
L’installation de cette situation de nord-est s’est effectuée en deux temps. Je vous ai expliqué la semaine dernière l’arrivée de la première phase lors du week-end des 13 et 14 septembre. Un puissant anticyclone au sol centré sur la Scandinavie, avec des pressions supérieures à 1035 hpa, a poussé fortement dans notre direction et a réalisé une première jonction imparfaite avec celui des Açores centré sur l’Atlantique pour former une barrière au sud de laquelle est descendu le flux de nord-est de la Russie jusqu’à la France. Jonction imparfaite encore quelques jours, des perturbations affaiblies réussissent à s’insinuer entre les deux le 16 et le 17, puis à remonter d’Espagne le jeudi 18.
La seconde phase correspond à partir du 19 à un renforcement de cette jonction entre l’anticyclone du nord-est qui s’est déplacé sur la Russie et celui des Açores sur l’Atlantique sud au large du Portugal. Le cœur des hautes pressions vient même s’installer sur la mer du Nord. Sur le flanc sud de cette masse, l’air continental s’écoule en provenance de la Russie du nord jusqu’à nous.
L’ensemble est très stable car il associe dans les basses couches l’air froid qui glisse des régions polaires et au-dessus celui plus chaud qui remonte de l’anticyclone des Açores.
En cette saison les effets ne sont pas aussi spectaculaires qu’en plein hiver, mais les températures s’enlisent dans le froid depuis la chute très forte survenue entre le 11 et le 12 septembre avec des gelées en altitudes et des températures proches de zéro dans les plaines et bassins face au nord où s’accumule le froid. Dans notre région, des stations situées dans des cuvettes de moyenne altitude vers 900 à 1000 mètres, ou des fonds de bassins exposés au nord près des fleuves accumulent des températures minimales très basses. Par exemple, St Yan, à proximité de Paray le Monial, a connu du 21 au 23, 3 journées consécutives où le thermomètre est descendu à moins de 1°.
Les températures moyennes sont très nettement inférieures aux normales. A Saint-Etienne Bouthéon, septembre présente une moyenne du mois de 15,8° pour la série 1951-80 antérieure à la dernière période de réchauffement. Seule la journée du 18 où le flux de nord-est a vacillé est légèrement au dessus. Du 12 au 17 elles sont en dessous de 12° et même de 10° depuis le 21 soit plus de 5° en dessous des normales.
Les temps de nord-est ont une origine continentale, donc les précipitations sont très faibles. Elles se limitent à quelques pluies froides lors de l’arrivée des flux qui repoussent un air plus chaud. Dans les Alpes au dessus de 2000 mètres c’est de la neige avec 11 jours d’enneigement à Santis dans les Préalpes Suisses depuis le 14 septembre.
Ceci ne veut pas dire que la nébulosité dans les basses couches ne soit pas très forte. Un air qui se refroidit peut de moins en moins contenir d’humidité sans se condenser. Il en résulte des masses de stratus et de brouillards tenaces que le soleil a les pires difficultés à percer comme samedi 20 septembre ou jeudi 25 dans la région stéphanoise. Cette grisaille blanchâtre est très visible sur les images de satellite que j’ai placées à la Foire de Saint-Etienne sur le stand de zoom42.fr. ou sur ce blog.
Les images de satellite, transmises par Claude, depuis l’arrivée de ce flux de nord-est, montrent en effet une énorme masse nuageuse blanchâtre, couleur visible quand il s’agit de stratus proches du sol, qui descend de Russie. Sa largeur qui occupe d’abord toute la Plaine du nord de l’Europe jusqu’en Pologne vient ensuite se plaquer au sud sur le versant septentrional de l’arc montagneux des Alpes aux Carpates. Plus on va vers l’ouest, plus cette masse se transforme en une langue de plus en plus étroite qui longe les Alpes et vient se terminer sur la France.
La Plaine centrale suisse se situe toujours dans la grisaille, mais les régions basses touchées dans notre pays, varient selon les jours en fonction de sa capacité d’extension. Les zones les plus sensibles correspondent aux plaines de la Saône, et aux Terres froides du Dauphiné. Certains jours le phénomène s’étend aux plaines qui longent le fleuve Loire, en aval de Roanne le 17, mais plus souvent en amont comme le 20, le 22 et le 25, en totalité ou en partie de la plaine du Forez au bassin du Puy. Les Limagnes et la vallée de l’Allier constituent aussi un entonnoir dans lequel viennent s’encastrer et stagner toutes ces masses nuageuses comme le 21. Rarement ces dernières s’insinuent dans des bassins intérieurs du Massif central comme dans les vallées de l’Alagnon et de la Truyère le 22.
Un seul fait est régulier. Cette nébulosité ne franchit pas la ligne de crête des Cévennes au Pilat et ne redescend pas vers la vallée du Rhône, car alors elle descend et le mistral s’installe.
Quand cet air poursuit sa marche sur la Méditerranée, cette dernière réagit et constitue une recharge illimitée en humidité sur les golfes du Lion ou de Gènes qui gardent une eau chaude. Des masses nuageuses épaisses et chargées d’eau précipitable se constituent. C’est ainsi que le Levant espagnol a connu le 24 septembre des grosses pluies avec inondations par un temps de nord-est. Des précipitations qui avaient perdu la boussole puisque cet avatar arrive habituellement du sud !
Ce n’est pas la première fois que cette situation atmosphérique sévit en septembre. En 1986 un temps similaire avait provoqué des températures très basses dans la moitié nord du pays, 3,4° en dessous des normales à Paris le Bourget. Il avait même gelé le 5 septembre au Puy.
Certains me feront remarquer que cette situation de nord-est s’est renforcée au moment des « quatre temps » d’automne dont la référence est la Saint Mathieu au moment du solstice. Si on suit ce savoir populaire, le temps de ces journées serait celui qui se perpétuerait lors des trois mois suivants. Ceci voudrait dire que la fin de l’année serait sèche nébuleuse et froide. Ce type d’anticyclone actuel, lié à une atmosphère stable, est souvent très tenace, mais tiendra-t-il la distance ? Souvent cette période de l’équinoxe est celle de l’arrivée des grosses pluies méditerranéennes d’automne, qui se répètent parfois à plusieurs reprises en rafale pendant la saison et qui endeuillent le sud de la France, en serons nous indemne cette année ?
Heureusement le temps de nord-est que nous connaissons actuellement n’a pas au début de l’automne les effets désastreux du plein hiver, il nous incite seulement un peu tôt à revêtir la grosse laine et à allumer le chauffage.
Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain à 13h 15 sur les ondes ou le site de Radio Espérance, le texte étant repris sur zoom42 et zoom43.fr et ce blog. Bonne semaine.
http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron