Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
Ces dernières semaines de nombreuses épreuves sportives ont été affectées par des précipitations abondantes.
Les pluies méditerranéennes ont transformé le grand prix automobile de Monaco en un manège d’auto-tamponantes.
Le match Suisse-Turquie de l’Euro 2008 s’est déroulé en première mi-temps dans une véritable piscine, avec le premier but de la partie inscrit dans des conditions qui s’apparentaient plus à du Water-polo qu’à du football.
Mais, c’est le cyclisme, quels que soient ses formes, qui est le plus souvent affecté.
La journée Vélocio de dimanche dernier s’est déroulée dans les ténèbres humides sur les pentes traditionnelles du col de la République exposées au nord.
Au début de cette semaine, deux étapes du critérium du Dauphiné libéré ont été rincées de pluies orageuses de part et d’autres du massif du Pilat, celle arrivant à Vienne mardi et l’épreuve chronométrée de mercredi autour de la petite bourgade ligérienne de Saint-Paul-en-Jarez. Heureusement ces arrosages n’ont provoqué aucune conséquence majeure que ce soit au niveau des chutes sur routes glissantes ou pour les résultats du contre la montre, les principaux candidats à la victoire finale ayant échappé aux pluies orageuses les plus intenses.
Une épreuve a été plus affectée que les autres : le Giro ou Tour d’Italie, au point d’obliger les organisateurs à prendre des mesures. La pluie a commencé à arroser l’épreuve dès l’extrême sud du pays dans les étapes situées en Sicile et en Calabre. Sur les routes mouillées menant à Milazzo ou à Catanzaro de nombreux concurrents se sont retrouvés à terre. Que les étapes qui se situent dans la moitié nord du pays aient aussi connu ensuite la pluie est plus normal puisque l’Italie du nord en particulier une grande partie de la plaine du Pô connaît un maximum de précipitations pendant le mois de mai, mais en Sicile, la sécheresse estivale des pays méditerranéens aurait du déjà sévir.
Une telle accumulation de pluies est toutefois rare sur le Giro même dans le nord de la botte Italienne :
- Dans l’étape Urbania –Cesena du 21 mai qui traverse l’Apennin du nord, la pluie provoque de très nombreuses chutes affectant le maillot rose et plusieurs favoris de l’épreuve
- Dans les deux étapes qui suivent dans la plaine du Pô, pour éviter des accidents sur sol mouillé dans les arrivées acrobatiques des vieilles cités médiévales ou renaissance italiennes aux rues étroites et tortueuses, les organisateurs sont obligés de prendre les temps à 3 kilomètres de l’arrivée de façon à protéger les principaux leaders qui terminent sans risque et de laisser les seuls sprinter habitués aux cascades sur vélo à en découdre pour les premières places
- Dans les journées suivantes, le Tour d’Italie retrouve la pluie lors de l’étape de Varèse et celle du Monte Pora.
Les organisateurs pour éviter les incidents retirent toutes les publicités peintes sur la route à proximité de l’arrivée après le problème courtelinesque qu’ils avaient connu l’année précédente à Pinerolo. Une grande partie du peloton avait chu dans les derniers mètres sur ces bandes, de nombreux concurrents avaient passé la ligne d’arrivée sur la partie postérieure de leur individu en faisant des traces linéaires multicolores sur cette peinture de mauvaise qualité. Le déroulement de l’épreuve est aussi modifié. L’attaque de Di Luca dans une descente inondée n’a pu se produire qu’en raison de la prise de risque et de l’adresse de son auteur, ce que n’ont pu faire des coureurs plus prudents. Le leader du classement général souffrant d’allergie aux pollens a été favorisé par la pluie, cette dernière limitant leur dispersion dans l’atmosphère.
Le tour d’Italie est l’une des épreuves les plus perturbées par des conditions climatiques difficiles, les sprints dangereux sous la pluie ne sont pas rares. Nous en avons décomptés au moins une fois par an. Les cols alpins sont souvent enneigés à un moment de l’année où des restes du manteau hivernal persistent, mais une telle répétition sur un nombre de jours rend ce millésime du Tour d’Italie assez exceptionnel pour ses arrosages.
Ceci doit être relié à plusieurs explications :
D’abord les situations météorologiques présentent souvent un aspect répétitif sur une longue période. Le tour d’Italie a commencé le 10 mai, soit la veille des saints de Glace qui marquent le début de la période fraîche et humide qui nous a peu lâché depuis. Les moyennes en climatologie ne sont souvent que la somme de déséquilibres inverses du climat sur des périodes plus ou moins longue, c’est peut-être pour cela que beaucoup pensent que le temps est détraqué quand il est normal
Les situations atmosphériques qui existent depuis la mi-mai sont souvent à dominante orageuse. Les orages se déclenchent l’après-midi au moment où la chaleur accumulée depuis le matin par l’ensoleillement a crée une masse d’air chaud au sol qui ne demande qu’à s’élever en altitude. C’est souvent à ce moment avancé de la journée que ce mécanisme que l’on nomme la convection arrive à son terme avec les phénomènes électriques et des précipitations localisées. C’est justement le moment où les courses cyclistes approchent de l’arrivée qui se situe souvent vers 17 heures. La climatologie des épreuves cyclistes est celle de l’après-midi, toutefois il y a eu une certaine malédiction avec la concordance des pluies localisées et de l’itinéraire de l’épreuve.
Ceci tient aussi à la présence d’un centre d’action qui a entretenu les situations pluvio-orageuses sur la mer Tyrrhénienne, soit la dépression du golfe de Gènes. Depuis les saints de Glace, de l’air froid est régulièrement descendu en direction de la Méditerranée selon des trajectoires diverses, en traversant la France, l’Europe centrale ou l’Espagne. En surmontant cette mer chaude, il se charge en humidité et la déverse ensuite sur les rivages. C’est ainsi que la Côte d’Azur, la Ligurie, la plaine du Pô, l’Apennin, et plus largement tous les rivages et îles de la Méditerranée occidentale ont reçu leur lot de pluviométrie.
Le seul moment où le tour d’Italie a été indemne de pluie s’est produit quand il s’est égaré le long de la mer Adriatique et dans la Vénétie à l’extrême nord-est du pays. Les effluves humides en provenance de la Mer Tyrrhénienne et de la dépression du golfe de Gènes ne pouvaient atteindre ces régions excentrées.
En définitive l’un des meilleurs moyens d’effectuer de la climatologie et de la géographie est encore de suivre les épreuves cyclistes. Quand l’itinéraire de ces courses rencontre la trajectoire de types de temps perturbés, il est rare que ce sport ne réussisse pas à gagner ces lettres de noblesse.
C’est peut-être l’occasion de vous signaler, que Jean Paul Bourgier et moi-même participeront à la 19ème conférence internationale d’Histoire du cyclisme qui se tiendra du 25 au 28 juin 2008 au musée d’art et d’industrie de Saint Etienne où nous traiterons d’une autre épreuve très affectée par la météorologie Paris-Nice. Un peu plus tard vous pourrez nous retrouver du 3 au 6 juillet à Roanne , place des promenades, pour une animation conférence Météo et vélo dans le cadre du village d’avant tour de France, puisque ce dernier partira le 25 juillet de la sous préfecture ligérienne. Ceci s’inscrit dans le cadre de notre ouvrage « Conditions climatiques et compétitions cyclistes – Atmosphères de courses » publiée en 2007 aux éditions de l’harmattan
Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris sur le portail Internet stéphanois zoom42.fr et sur ce blog .