Chronique climatologie N°667
(enregistrement le 22 février 2008, passage antenne le 23 février 2008 Radio Espérance)
On commence à entendre ici et là le retour de discours catastrophiques sur la ressource en eau avec l’annonce de problèmes en vue de la prochaine saison chaude. Le préfet des Pyrénées orientales aurait même pris le premier arrêté de la saison de restriction de la consommation d’eau.
Ce discours n’est-il pas un peu prématuré sur notre pays ?
Après une saison chaude 2007 globalement très arrosée, la pluviométrie connaît une faiblesse relative depuis le mois d’octobre 2007.
L’automne 2007 a été globalement très sec. A l’exception de secteurs ponctuels des Cévennes et de la Corse, en raison de l’épisode méditerranéen de novembre, tout le reste du pays a connu un déficit substantiel parfois sévère. Toutes les régions littorales de l’Atlantique et de la Méditerranée ont reçu moins de la moitié de la pluviométrie habituelle de septembre à novembre en compagnie des Alpes et de secteurs ponctuels de l’est du Bassin parisien.
Le mois de décembre a commencé légèrement à corriger avec une pluviométrie excédentaire sur les massifs montagneux, à l’exception des Pyrénées.
Les perturbations de la première moitié de janvier ont continué à apporter une pluviométrie très abondante sur une diagonale du Grand Ouest aux Alpes. Seuls quelques secteurs à l’abri du Roussillon des Limagnes, du bassin parisien et de l’Alsace ont continué l’indigence
Après, la présence de l’anticyclone tenace, dont je vous contais les tribulations la semaine dernière, a contribué à limiter les précipitations à l’épisode du 31 janvier au 4 février et à celui très limité de la semaine précédente.
Ainsi à l’exception de la première quinzaine de janvier, les précipitations de saison froide qui rechargent les réserves en eau sont faibles en ce semestre froid 2007-2008. Habituellement, elle rechargent la réserve en eau des sols, alimentent les cours d’eaux et leurs barrages et remontent les niveaux des nappes, tous affectés et entamés par les déficits de la saison chaude.
Cette année, on aboutit à un paradoxe. La saison chaude 2007 a été tellement pluvieuse que les ponctions ont été très réduites et la saison froide actuelle n’a pas contribué à améliorer une situation qui n’était pas vraiment dégradée.
Tout ceci a pour résultat une situation de la ressource qui n’a rien d’excellent, ni de catastrophique.
La réserve en eau du sol a été rechargée très tôt à l’automne, dès septembre sur la région stéphanoise, elle était pleine. Elle l’est encore sur la plus grande partie du pays. Seuls échappent à ce plein remplissage quelques plaines et vallées: les bassins de Provence, l’ouest du Languedoc et le Roussillon, les Limagnes et les plaines de la Loire supérieure, des secteurs ponctuels des centres du Bassin aquitain et de la plaine d’Alsace. L’an dernier à la même époque le bilan était semblable.
Les débits des rivières sont corrects. A titre d’exemple, la Loire à Bas en Basset a eu un débit moyen de 45,2 m3s en janvier contre une moyenne de 47. A Gien et en aval, ils ont été un peu supérieurs à la normale. Sur l’ensemble du bassin de la Loire, à la fin de janvier 2008, 74% des stations limniques présentaient une hydraulicité proche de la moyenne à la même date avec une amélioration sensible par rapport aux mois précédents.
Les barrages sont le plus souvent remplis. Sur la Loire, Naussac a continué son remplissage avec 151 Mm3 soit environ 80% de la capacité totale. Villerest est quasiment plein avec 128 Mm3 pour une capacité totale de 130 Mm3.
La situation la plus contrastée concerne les nappes. Globalement, plus elles sont profondes et importantes, plus leur situation est dégradée en raison de leur histoire antérieure.
Les nappes alluviales, celles des pays volcaniques de la Haute Loire, celle du Trias sur le bord septentrional du Massif Central sont correctement remplies parfois avec des niveaux supérieurs à ceux atteints une année sur 10. Les nappes du cénomanien et de la craie ont des niveaux assez faibles. La plus basse, en dessous de son second niveau d’alerte, est la nappe de Beauce, la plus profonde et vaste du centre du bassin de Paris.
Cette dernière situation n’est en rien liée à l’évolution du dernier semestre. En effet depuis les maximums de 2002 et de mai 2003, la nappe de Beauce a baissé de plus de 4 mètres jusqu’à Juillet 2007. Depuis, la nappe a bougé de moins de 20 cm et elle est même stable depuis octobre.
Ces aquifères puissants varient avec des retards sensibles sur les conditions météorologiques. La sécheresse de l’automne a fournit un minimum au 27 janvier 2007. Les pluies de la première partie de janvier ont provoqué un début de relèvement du niveau à la mi-février. En outre les caractéristiques des années successives se cumulent. Après 4 années consécutives de baisse depuis la mi-2003, 2007 a été le premier millésime où la tendance à la baisse a été progressivement stoppée…..
En conclusion, l’état hydrique du pays est dans une situation globalement stable qui permet d’attendre.
Il est en effet urgent d’attendre avant de s’alarmer…… pourquoi ?
-- Nous sommes encore dans la période de l’année où l’évaporation est très faible en raison des températures, toute précipitation nouvelle est donc efficace pour améliorer le bilan de l’eau et provoquer des excédents hydriques
-- les besoins pour l’irrigation et l’agriculture sont nuls en raison du repos végétatif, les besoins domestiques sont limités. Toute nouvelle précipitation arrivant sur des sols saturés en humidité sauf dans quelques plaines, rivières, ferait bénéficier barrages et nappes superficielles de l’eau tombée.
-- Les nappes profondes qui baissaient continûment depuis 2003, ont amorcé un changement de tendance depuis juillet 2007. Tout nouvel apport ne pourrait que confirmer cette nouvelle évolution et permettre d’améliorer des niveaux parfois préoccupants.
En l’état actuel de la ressource en eau du pays, il ne manque donc qu’une nouvelle période de précipitations abondante avant le mois de mai, pour changer une situation assez moyenne en une abondance qui nous mettrait à l’abri pour l’ensemble de la saison chaude. L’anticyclone actuel particulièrement tenace qui repousse ou absorbe les perturbations les unes après les autres, reporte chaque jour un peu l’arrivée de cette nouvelle période humide…
L’exemple de 2007 est là pour nous rappeler qu’il faut espérer dans la providence. En 2007 après 4 mois secs jusqu’en avril, au moment des Saints de Glace, la situation a basculé vers une forte pluviométrie qui a duré 5 mois. Il vaudrait mieux ne pas attendre la mi-mai cette année, mais le ciel a des notions de l’équilibre qui lui font souvent alterner des périodes très contrastés de nature inverse.
Il faudrait si peu de choses pour qu’il n’y ait pas de sécheresse en 2008……
Gérard Staron