Découpage régional de la France
Il n’y a pas plus géographique que la notion de territoire et de région. Dans le concert de salive qui s’abat
depuis quelques jours avec le rapport de la commission dite « Balladur », les géographes, autrefois si prolixes d’ouvrages sur la question régionale, sont pour l’instant muets, quand
surabondent les commentaires. Même si je m’éloigne de la climatologie, permettez au géographes, même atypique que je suis, d’émettre un avis.
L’accumulation d’entités administratives est un handicap majeur pour la France. A la commune, au canton, à l’arrondissement et au
département issues de la Révolution française, il s’est ajouté les régions dans les années soixante-dix, puis la génération spontanée des communautés de communes. Je vous fais grâce d’autres
entités, les régions météorologiques, les SPC de la prévision des crues et d’autres au découpage territorial discordant. Cette situation, exclusivement française, est un handicap majeur pour
notre pays. Le coût financier cumulé de chacune de ces structures n’est pas le seul problème. La pesanteur qui impose souvent l’avis et la
participation de ces nombreux étages, provoque pour beaucoup de projet, à l’utilité évidente, un véritable parcours du combattant avec un blocage assuré par des entités divergentes et souvent
l’adjonction d’une nouvelle structure, le recours à rallonge devant les tribunaux. Dans une période de crise actuelle, la rapidité de réaction est un élément essentiel d’efficacité, cette
lourdeur est l’un des handicaps essentiels de notre pays.
Une chronique ne peut qu’évoquer une partie du millefeuille, je me limiterai aujourd’hui au sommet de l’édifice, départements et
régions.
Quand l’assemblée constituante de 1790, a fait table rase des provinces, baillages, sénéchaussées d’anciens régimes, elle avait deux
objectifs :
--- certes mettre en place une entité territoriale adaptée à la géographie et aux moyens de transports de l’époque puisque les
services de gendarmerie devaient pouvoir aller de la préfecture, en position centrale, aux limites du département en moins de 1 jour à cheval,
--- mais il s’est ajouté une volonté bien plus politique, celle d’assurer la domination du Paris révolutionnaire sur les
« Parlements » de province en nivelant l’influence des principales villes au niveau d’un département.
Dans cette dernière fonction, Paris a tellement réussi, a tant centralisé le pays autour de lui, que lorsque le regroupement en
régions est apparu nécessaire après la seconde guerre mondiale, le premier ouvrage publié sur la question s’est intitulé « Paris et le désert Français ».
Pour faire face à l’évolution des transports, aux défis de l’Europe, il fallait des régions mais le découpage a été raté, alors que
les départements ont gardé leur encrage populaire et restent la base d’un charcutage régional discutable, tellement critiqué par mes collègues géographes.
Qu’est-ce qu’une région ? Il y a deux façons de la concevoir :
- - Soit il s’agit d’un espace qui correspond
à une unité géographique, relief, climat, et qui a subi le même destin historique. Dans ce domaine le découpage a fait quelques aberrations notoires. Outre la division de la Normandie,
l’assemblage le plus incohérent est celui de la région dite des Pays de la Loire, au passage sans la Loire et la Haute Loire, mais avec un bout de Bretagne et sa capitale historique, la Vendée,
l’Anjou avec un tronçon du val de Loire, le Maine et un département indéfini la Mayenne qui correspond à l’ancienne « Marche de Bretagne » mise en place par Charlemagne pour surveiller
les remuants bretons.
- - Soit une région est un espace construit
autour d’une ville, la Capitale ou métropole régionale qui attire à elle les habitants d’un espace par son dynamisme, son poids économique et démographique, l’attraction de ses
services.
Là se trouve l’essentiel du problème, Paris a tellement écrasé le réseau urbain de la France depuis des siècles qu’il est difficile de
trouver des métropoles qui ont une taille européenne pour rivaliser avec celles des pays voisins. Quand elles existent, elles sont souvent rejetées contre les frontières:
--Lille, très dynamique contre la frontière belge
--Strasbourg, au passé historique complexe contre le Rhin
--Lyon et Marseille avec des atouts solides
--Toulouse qui manque de villes relais dans le sud-ouest
--Bordeaux et Nantes sur la façade atlantique, ce qui limite à 8 régions avec
Paris.
La puissance parisienne a stérilisé un vaste espace central du pays où les villes n’ont pas la taille de capitales régionales avec une
population ou un rôle économique parfois inférieur à Saint Etienne ou Grenoble, les relais de Lyon en Rhône Alpes.
Certaines villes sont plus dépendantes de Paris que fédératrices de leurs régions, désolé pour Amiens, Rouen, Caen, Orléans, Chalons
en Champagne, faible chez elle face à Reims
L’histoire ancienne ou récente a entretenu des divisions dommageables, Rennes face à Nantes, Caen face à Rouen, Bordeaux face à
Toulouse, Dijon et Besançon. Quand on les a mis dans la même région ce fût la querelle en Lorraine entre Metz et Nancy.
D’autres représentent de petits espaces peu dynamiques comme Limoges pour le Limousin ou Clermont Ferrand pour l’Auvergne qui ont
souvent déversé autrefois leur population à Paris.
Poitiers ne fédère que son Poitou dans le Bassin parisien, quand les Charentes dans le bassin Aquitain regardent vers Bordeaux :
drôle d’attelage…
Le monstre parisien serait la seule capitale régionale crédible de tout cet espace central si l’on suivait les lois de la hiérarchie
des villes. Il faut corriger cette anomalie française, comment ?
Les modifications annoncées me paraissent souvent judicieuses et parfois même très modérées. A partir du moment où les pays voisins
n’ont pas de départements, où notre densité de population est plus faible, de grandes régions autour de vraies capitales régionales se justifient pour mettre en place de grandes métropoles
capables d’équilibrer celles de nos voisins européens. Le découpage est aussi compliqué car un département entier n’est pas toujours de façon uniforme sous la dépendance d’une seule ville, par
exemple la Haute Loire !
Les choix suivants seraient logiques et n’engagent que moi :
Lille face à Bruxelles et Londres devrait dynamiser un Nord renforcé par l’essentiel de la Picardie.
Strasbourg avec l’Alsace face à Stuttgart devrait constituer avec la Lorraine un Grand Est, ce qui empêcherait le tête à tête
stérilisant entre Metz et Nancy
Lyon comparé à Turin et Milan au-delà des Alpes devrait donner satisfaction à la Haute Loire dont le conseil général autrefois votait
son rattachement à Rhône Alpes, n’en déplaise à l’arrondissement de Brioude plus auvergnat
Marseille a vocation à fédérer une seule grande région Méditerranéenne flanquée de Nice à droite et Montpellier à gauche, sur la
carte !
Les Charentes, regardent déjà vers Bordeaux et doivent logiquement regagner l’Aquitaine
Nantes a besoin d’un grand Ouest comprenant la Bretagne mais aussi ses « Marches » La Mayenne et la Vendée
Restent les regroupements historiques : La Normandie perd son pluriel pour rendre la capitale à Rouen, La Bourgogne avec la
Franche Comté retrouve la splendeur de Dijon de l’époque de Charles le téméraire ou des Burgondes.
Le plus délicat est le découpage de l’espace central où les villes susceptibles de devenir de vraies capitales régionales sont encore
timides ! Peut-être une association Auvergne et Limousin et une grande région « Val de Loire », Centre plus Maine et Loire, Sarthe et Vienne.
Un découpage qui en vaut bien d’autres !
La géographie surtout en France est un art difficile, avec des géographes universitaires trop discrets, ou en grève !
Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de radio Espérance 13 h 15, le texte étant repris par zoom42.fr et ce blog.
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