catastrophes naturelles

Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 12:40

Chronique N°756: Embâcles géants


     Le 50ème anniversaire de la Catastrophe de Malpasset vient rappeler l’existence d’embâcles géants en France.

IL existe deux cas dans notre pays, celui naturel de la crue du 16 octobre 1940 dans la vallée du Vallespir, la plus proche de la frontière espagnole dans le Roussillon et celui complexe et artificiel  du barrage de Malpasset qui a apporté la désolation sur la ville de Fréjus le 2 décembre 1959.

Dans les deux cas le phénomène se produit à l’occasion de très grosses pluies méditerranéennes.

Celle du 16 octobre 1940 a provoqué les records absolus de précipitations en France en 24 heures avec 1 mètres à Saint Laurent de Cerdans, 850 mm à la Llau dans le haut Vallespir et 758 mm sur la petite cité thermale d’Amélie les bains.

 Les précipitations de décembre 1959 sont d’une intensité bien plus faible. Elles dépassent à peine 200 mm en 24 heures le 2. Les régions les plus arrosées correspondent aux Pyrénées orientales avec Montescot, Le Cannet en Roussillon et Cerbère. A proximité de la catastrophe, la station de Saint Raphaël a reçu 128 mm et le Luc 124 mm ce qui correspondait au record de précipitations en 24 heures pour ces deux postes sur la période 1946-1960, dépassés aujourd’hui.

L’épisode d’octobre 1940 est très concentré sur le Roussillon et s’étend assez peu géographiquement sur les régions du bassin méditerranéen français. Au contraire celui du 2 décembre 1959 est moins intense, mais son extension embrasse la totalité des régions littorales de la « Grande Bleue »

Dans l’épisode de la crue du Tech d’octobre 1940, la pluviométrie a eu un rôle prépondérant alors que dans celui de Fréjus du 2 décembre 1959, elle n’a eu qu’un rôle d’accompagnement par rapport à la rupture du barrage.

Vous connaissez tous la cause de l’embâcle qui a répandu la désolation sur la région de Fréjus, mais vous ignorez peut-être celle à l’origine de l’aggravation de la crue du Tech dans le Vallespir.

En aval de Prats de Mollo, au défile des Bouillanouses, au moment de la crue d’octobre 1940, un glissement de terrain énorme de 7 millions de m3 descend du pic de Cabries en rive gauche du fleuve côtier. Il barre la vallée sur une hauteur de 40 mètres, il emporte la route qui relie Prats de Mollo à l’aval. La reconstruction de cet axe de circulation ne sera terminée qu’en 1961.

 Les eaux en provenance de l’amont s’accumulent derrière ce barrage naturel jusqu’au moment où elles le font céder. A partir de ce moment, la rivière monte brutalement avec des hauteurs de l’ordre de 25 à 30 mètres dans les secteurs rétrécis de la vallée sous l’effet de la violence des précipitations mais aussi de l’embâcle puis débâcle des Bouillanouses.

Dans les cas d’embâcles, il s’ajoute souvent un problème géologique. On le retrouve dans les deux cas. Sur la haute vallée du Tech, la rivière coule d’abord dans les granites du massif du Canigou, puis elle traverse une bande de terrains métamorphiques du cambrien qui présente des zones schisteuses avant de rejoindre à nouveau le granite de la chaîne des Albères. Dans cette zone du Cambrien, des terrains mal consolidés , à dominante argileuse, perdent de leur structure quand ils sont gorgés d’eau après les très fortes pluies du 16 octobre 1940. Dans ces conditions ils glissent et coupent la vallée.

Dans le cas du barrage de Malpasset au dessus de Fréjus, la forte pluie du 1er décembre 1959 correspond avec la mise en eau de l’ouvrage. L’embâcle, l’accumulation d’eau derrière la retenue était prévue, mais la suite ne l’était point.

Malpasset est un barrage voûte. Ceci signifie que la pression de l’eau n’est pas compensée par le poids de l’ouvrage comme dans un « barrage poids » avec un mur épais, mais par l’appui de l’ossature en béton assez mince sur les deux côtés . C’est pour cette raison que ce type d’ouvrage présente une forme demi circulaire de façon à renvoyer au mieux la pression sur les deux ancrages de part et d’autre. Dans ces conditions, on ne peut construire ces  barrages que dans des roches solides qui sont capables de résister.

C’est bien là où se situe le problème géologique de Malpasset. Il est encore possible de voir sur l’un des côtés, l’endroit où la roche a cédé avec comme conséquence principale la rupture du barrage. Une grande partie de l’ouvrage en béton a été projetée vers l’aval ainsi que l’assise de ce dernier dans la roche à l’endroit fatidique.

Les constructeurs n’ont semble-t-il pas pris en compte les particularités de l’érosion du granite en milieu méditerranéen.

Le granite est une roche particulièrement dure quand elle affleure dans nos montagnes sous la forme de chaos de blocs que l’on nomme boules ou tors, il est alors protégé d’une érosion chimique, qui le ronge, quand il est sous l’influence de l’eau plus ou moins acide contenue  dans le sol. Cette érosion désagrège le granite en s’attaquant successivement aux divers cristaux qui le composent. L’eau s’attaque d’abord au mica noir, puis aux feldspaths et enfin au quartz. Le mica blanc est plus résistant que le noir. C’est pour cette raison que la résistance du granite à cette érosion chimique dépend en grande partie de sa composition. Plus il contient de mica noir, moins il résiste à cette décomposition. Plus il contient de Quartz, plus il résiste. De même si le mica est blanc. Le granite sain présente des micros cassures que l’on nomme des diaclases, l’eau s’insinue dans ces interstices, ronge ces secteurs et sépare la roche en blocs qui constituent des boules enfouies, puis ces dernières sont peu à peu rongées jusqu’à décomposition complète. C’est ainsi que dans les régions granitiques, en dessous du sol agricole avec l’humus, existe un horizon B , fait de boules encore saines séparées d’une arène composée essentiellement de sable. Plus on descend en profondeur plus on atteint le granite sain. Dans certains granites cette couche de décomposition peut être parfois très épaisse.

Plus le climat est chaud et humide, plus cette érosion est agressive car l’eau se charge plus en acides humiques capables de faciliter son attaque. Le climat méditerranéen est l’un de ceux où ce phénomène est très important  car il associe des périodes de chaleur mais aussi de très grosses précipitations. Le climat équatorial est celui où ce cancer du granite est le plus actif avec une association extrême entre chaleur et humidité.

En analysant le côté du barrage de Malpasset qui a cédé, on peut constater l’état de décomposition de la roche. Comme l’assise sur cette dernière constituait la principale force de résistance à l’eau qui s’accumulait à l’arrière. La pression sur cette berge défectueuse s’est effectuée d’autant plus vite que la mise en eau correspondait avec la très grosse pluie méditerranéenne.

La suite est facilement imaginable avec une lame d’eau énorme qui a tout dévasté, de la vallée du Reyran à la Méditerranée, en passant par la ville de Fréjus, pour provoquer l’une des catastrophes les plus meurtrières de la France.

La crainte de la rupture d’un barrage a ensuite été très souvent utilisée pour tenter de dissuader de les construire. Combien de fois n’a-t-on pas vu des simulations de hauteurs d’eau dans le cas ou tel ou tel ouvrage céderait ? En réalité c’est encore actuellement le seul cas connu, mais la catastrophe de Malpasset a tellement marqué les esprits des français qu’elle est  encore parfois utilisée pour entretenir la peur des barrages ! L’analyse de cette catastrophe est parfois l’un des premiers cours dans les écoles d’ingénieurs de travaux Publics !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie, le texte étant repris sur zoom42.fr et mon blog gesta.over-blog.com

Bonne semaine.

Par Gérard Staron - Publié dans : catastrophes naturelles - Communauté : Le champ du monde
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 19:53

La catastrophe de Messine en Sicile ressemble plus à un « alluvione » du style de celui de Sarno  (plus de 200 morts dans ce gros bourg en mai 1998) qu’à une inondation méditerranéenne classique comme Vaison La Romaine

 

n      La nature géologique des terrains est semblable : les monts Péloritains  sont constitués d’auréoles de flysch argileux au sud de Messine qui ceinturent un petit pointement de roches cristallines à l’extrémité nord-est de l’île.

n      La forme de l’écoulement avec des glissements de terrains sur plusieurs kilomètres semble du même ordre. Est-il seulement un peu moins pâteux qu’à Sarno 

n      Le trou béant montré à l’intérieur de la cité ressemble étrangement à un glissement dans les argiles de type « frane »

n      les écoulements boueux ne suivent pas seulement les cours d’eaux mais se moulent dans les rues des cités côtières
Les mêmes polémiques après la catastrophe avec le même choix entre les communication (Viaduc reliant la Sicile à la Calabre) et la protection des population dans de vieilles cités étroites
 

Pour ces raisons vous retrouvez ci-dessous la chronique que nous avions effectuée après la catastrophe de Sarno en complément  à notre présentation météorologique. Les « alluvione » sont une calamité très italienne en raison de l’importance des affleurements argileux et des grosses pluies méditerranéennes.

 

Chronique climatologie N° 178 enregistrée le 13 Mai 1998 Avec Gérard et Marie Gabrielle

 

   L’actualité de la semaine a été dominée par les conséquences des coulées de boue de la Campanie en Italie qui ont si dramatiquement touché le village de Sarno situé derrière le Vésuve, à quelques kilomètres seulement de Pompéi. La télévision a risqué  une comparaison avec les inondations de Vaison la Romaine. Est-ce justifié ?

 

Le seul point sur lequel il y a une similitude entre les deux évènements concernant la situation météo, les précipitations responsables de la catastrophe.

La France est traversée par un courant de nord-ouest qui amène sur la Méditerranée de l’air froid. Ce dernier arrivant sur une surface marine tiède, il se charge en humidité. Le 3 et le 4 mai on distingue sur l’image de satellite une énorme masse nuageuse qui d’étire des côtes françaises à l’Algérie et du Levant espagnol à la Sardaigne. Ce mécanisme s’accompagne d’une dépression creusée dans le golfe de Gênes. Cette masse nuageuse se déplace  le 5 vers l’est, et se heurte de plein fouet aux reliefs de l’Apennin au niveau de la Campanie. On distingue nettement sur l’image satellite, du 5 à midi, l’énorme masse du cumulonimbus en position sur la région affectée. Le contact avec les reliefs de l’Apennin au niveau du massif de l’Irpinia augmente les quantités  d’eau déposées. Comme dans la catastrophe de Vaison la Romaine, il s’agit d’une violente pluie méditerranéenne, avec quelques nuances : peu de phénomène de blocage par un anticyclone, Vaison était situé sur une excroissance de la zone arrosée des Cévennes.

 

Et, pour les problèmes d’écoulement, ya-t-il d’autre similitudes ?

 

Aucune.

 A Vaison, il s’agit d’une inondation méditerranéenne classique liée au débordement brutal d’une rivière de son lit.

 Dans le cas de Sarno, il s’agit d’un phénomène géologique, classique en Italie, lié à un glissement de terrain en zone argileuse. La carte morpho-structurale de la péninsule italienne signale pour cette région  de la « molasse plissée principalement miocène avec lambeaux de flysch plus ancien (argile écailleuse) en glissement. Ceci correspond au reportage montrant cette véritable pâte à modeler verte ou marron sombre. L’argile transforme sa structure sous l’effet de l’eau. Le mécanisme est mis en évidence dans le petit bout de film d’amateur où on a vu la masse pâteuse progresser à vitesse réduite dans le village et le recouvrir d’une gangue qui remplit un moule formé des rues et bâtiments, selon un cheminement différent du lit d’une rivière. Au contraire, lors d’une inondation classique,  la masse liquide, certes boueuse, en raison de l’érosion provoquée, déborde à parti du lit de la rivière

  A Sarno, la coulée provient de la crête, juste en arrière du village où on voit clairement que la couche géologique a été entamée sur une bonne épaisseur. il s’agit d’un éboulement en masse ou « frane », en italien . En période sèche les argiles se craquèlent, les pluies pénètrent et saturent la couche en profondeur qui sert de surface de glissement. Le phénomène est encore plus grave quand les argiles sont recouvertes de sables dans lesquels l’eau percole. La rupture d’équilibre qui permet la coulée est la conséquence des brusques variations du régime hydrique et de l’intensité des précipitations.

 Dans le cas d’une inondation orageuse brutale comme à Vaison, l’eau ruisselle en surface et arrive d’un versant  beaucoup plus vaste et la catastrophe est plus grave quand la configuration du réseau hydrographique lui permet de faire converger les eaux sur un point particulier. Ce dernier aspect a peu d’importance dans les glissements de terrains.

 

On a évoqué le déboisement, les constructions récentes, dans les zones à risque etc.    

 

Force est de constater que l’on a récité ces idées à la mode de la pensée unique.

La forêt par sa présence limite les effets du ruissellement, en réduisant l’érosion superficielle des sols, arrêtant les produits en suspension. Les images montrent qu’une zone beaucoup plus profonde a été affectée, rendant la forêt inopérante ; ce genre d’éboulement en masse peut se produire dans des zones forestières.

Que l’on évoque le risque pris par ceux qui ont construit dans le lit majeur de la rivière et qui un jour ou l’autre sont visités par la crue est judicieux quand il s’agit d’inondation, dans le cas des coulées d’argile de Sarno, c’est ridicule

Réfléchissons : on a vu la masse pâteuse envahir un centre ville, non un lotissement de maisons récentes comme c’est presque toujours le cas quand il s’agit du risque pris par ceux qui ont construit dans le lit majeur de la rivière.

En Italie, le risque de glissement de terrain est typique du pays en raison de l’importance des affleurements de roches tendres et surtout d’argile dans les Apennins.  Ceci pose de graves problèmes quand il s’agit d’établir des communications modernes et des autoroutes.  Avec les méthodes classiques de remblais et de déblais, les routes glissent, aussi  on construit souvent ces voies de communication avec une suite de tunnels et viaducs.  Les cartes des secteurs à risque trainent dans de nombreux manuels de géographie.  Elles sont simples à établir en fonction des affleurements géologiques.  On peut regretter que l’Italie ait plus penser à protéger ses voies de communications que ses populations.

Par gesta - Publié dans : catastrophes naturelles - Communauté : Le champ du monde
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /2009 15:52

Les sites inondés :

Orage du 2 juillet 2009 à Saint Etienne

Gérard Staron

 

Cet article qui résume les premières conclusions placées immédiatement après l'orage sur le blog sont publiées dans le prochain numéro du bulletin "Météo fil" de l'association (publication le 4 septembre)

L’orage du 2 juillet 2009 a déposé 73mm dont 72 mm en moins de 2 heures à Saint Etienne à partir de 19h30.

De nombreux sites de la ville sont sensibles aux inondations. C’est un problème récurrent à chaque violent orage sur la ville. Le 2 juillet 2009 s’ajoute sur la liste ancienne des inondations anciennes au XIXème[1] et récentes dont l’orage du 23 août 1994[2]. L’intensité des pluies cumulées la concentration de rues sur des points bas et les erreurs de l’urbanisme qui a souvent restructuré la topographie et amplifié les cuvettes.

Voici la liste de ceux qui ont fonctionné le 2 juillet répertoriés par mes soins, complétés par l’association « Etres humains et zones inondables » et  par les témoignages arrivés sur mon blog http://gesta.over-blog;com. Leurs numéros correspondent à leur emplacement sur la carte


Bassin de l’Isérable :

1)      Rue Vacher : 1,83 m d’eau sous le pont selon le garage du Bardot ( moins que le 23  août 1994, ou le 24 octobre 2004) sur un site inondable multirécidiviste

2)      Route de la Talaudière, carrefour avec la rue Necker inondé (hauteur maximale O,5 m, moins qu’en août 1994 et octobre 2004 et autres) sur un site multirécidiviste.

3)      Autoroute A72 au pied de Montreynaud, ralentissement et traces limitées sous le pont site multirécidiviste en particulier grosse inondation le 23/08/1994


Bassin du Merdary

4)      Rue jean Allemane sur un site déjà inondé le 23 août 1994

 

Ruisseau des Villes et des Mines

5)      Boulevard urbain au dessus de Jacquard, rue Palluat de Besset, rue J.J. Rousseau, maison de retraite rue Victor Duchamp. Site déjà inondé le 23 août 1994.

6)      Rue Bergson au niveau de Montaud, en aval de l’ancien site du Giat, à la confluence avec le Furan recouvert un peu à l’est. Nombreuses caves inondées à proximité de la grand’rue transformée en rivière. Le secteur a peu d’antécédents.


Furan partie aval

7)      Rue Claude Odde sous le pont du Boulevard Thiers, à proximité du Furan recouvert, site inondable multirécidiviste

8)      L’Etrat confluence avec le Reteu , au niveau de la place du marché ( 10 cm dans habitations contre 45 cm le 23 août 1994,témoignage de Sylvie) sur un site inondable multirécidiviste

9)      Secteur de Ratarieux (Hopital Nord, secteur Gifi Gemo) secteur classé zone inondable rouge

Bassin du Rieutord

10)  Inondations éparses sur Villars et le site de la Doa, jusqu’au nouveau magasin Leroy Merlin (nouveau site) le secteur a peu d’antécédents mais il a subi de nombreuses transformations topographiques et urbanisations récentes.

 

Il est possible que d’autres lieux aient échappé à nos investigations. L’ensemble correspond à une diagonale nord-sud dans l’axe de la Grand’rue avec extension vers l’aval. De nombreux autres secteurs, indemnes cette fois, subissent parfois les affres de l’inondation.

 

Gérard Staron



[1] M. Champion « Les inondations en France du VIème au XIXème siècle » 1860 Dunod et 2002 Editions du CEMAGREF

 

[2] G. Staron  « Le Furan : un torrent, son bassin, la rivière naturelle ? » 1997 Une rivière, une ville, Saint Etienne et le Furan service éducatif des archives départementales de la Loire

« Les démarches de développement durable , pertinence et apports effectifs dans la gestion de l’air et de l’eau : les exemples de Lille et Saint-Etienne »  2005  Rapport final  sous la direction d’Isabelle Roussel

Par gesta - Publié dans : catastrophes naturelles - Communauté : Auvergne et Massif Central
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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /2009 16:28


Incendie de Périgneux/St Marcellin (Sud/Forez – 1-2/08/09 - analyse météo)

 

    Pour qu’un départ de feu banal se transforme en un incendie difficilement maîtrisable, il faut 3 paramètres météorologiques :

-         une sécheresse du sol lié à une pluviométrie déficiente sur une longue durée

-         une humidité très faible de l’air

-         un vent violent.

Ces conditions ont été pleinement remplies pendant les quelques heures du sinistre entre 15 heures samedi et la fin de la nuit, dimanche matin (selon la presse).

 

Le secteur se situe parmi les plus sec de la région Rhône Alpes. La retombée orientale des Monts sur la plaine du Forez présente des moyennes de l’ordre de 600 mm par an. Le problème est accentué cette année par la pluviométrie relativement faible des mois de mai et de juin qui constituent habituellement la période la plus arrosée de l’année. Depuis mai à Andrézieux et même depuis mars à Leigneux, la zone connaît un déficit pluviométrique important avec des précipitations inférieures à l’évapotranspiration potentielle. Fin mai ce déficit atteignait 75 mm environ, (bulletin 51 Météo Fil) on peut estimer aujourd’hui qu’il dépasse 150 mm (prochain article Bilan de l’eau, Météo Fil et ce blog). Ceci explique la sécheresse inhabituelle du sol.

 

La faible humidité de l’air et le vent de sud s’associent dans la situation atmosphérique de samedi, comme déjà à de nombreuses reprises au cours de ce dernier mois de juillet. Une perturbation pluvio-orageuse approche. Elle est freinée par un anticyclone au-delà des Alpes, ce qui provoque un violent flux de sud canalisé par les reliefs qui s’assèche en descendant des hauteurs du Massif central Chronique 737: Vent de sud dans le centre-est de la France.

C’est à 15 heures samedi, départ du feu, que ces conditions atmosphériques se mettent en place :

-         Le vent forcit et ses rafales de l’ordre de 30 km/h à 13 heures atteignent 50 km/h puis 70 en soirée

-         La température connaît son maximum avec 34,8° à 15 heures. Saint Etienne Bouthéon est ce jour l’une des ville les plus chaude de France, seul Lyon Bron et Grenoble atteignent 35°

-         L’humidité de l’air connaît son minimum avec 16%.

 

Ces conditions cessent dans la nuit de dimanche, au moment où les pompiers reprennent la situation en main

-         la vitesse du vent s’effondre et les rafales descendent de 50 km/h à 26 km/h entre 1 et 2 heures. Sa direction ne tarde pas à s’inverser.

-         l’humidité remonte au dessus de 80% avec une petite pluie de 2 mm environ. L’aide du ciel a cependant été chiche puisque les totaux pluviométriques importants ont touché l’Auvergne de l’autre côté des monts du Forez (plus de 30 mm à Clermont Ferrand)

 

Le feu a utilise au maximum le créneau  de la météorologie pour se développer, ce qui n’était possible ni avant, ni après les heures concernées.

Notre région ne se situe habituellement pas dans les zones normalement affectées par les grands incendies de forêt mais lors de certaines années les sinistres qui affectent les régions méditerranéennes débordent jusqu’à nous avec dans le passé des événements qui ont brûlé des surfaces plus importantes, plus de 2000 ha à plusieurs reprises. Je me souviens de celui de Chomelix en 1972 ou de St Pierre sur Doux en 2003 que l’on observait à plusieurs dizaines de kilomètres la nuit.  Je me propose dans ma prochaine chronique de tenter d’analyser dans quelles conditions climatiques ce type de calamité peut sortir de sa zone d’origine pour s’étendre  à la Loire et la Haute Loire.

 

Gérard Staron

Par gesta - Publié dans : catastrophes naturelles - Communauté : Le champ du monde
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Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /2009 20:16



Chronique N°736  : Bilan global après le gros orage urbain du 2 juillet 2009 à Saint-Etienne


    Le déluge sur Saint-Etienne de la soirée du 2 juillet semble avoir suscité de très nombreuses questions qui méritent une explication et m’obligent à revenir sur ce sujet.

Il s’agit d’un orage localisé puisqu’à l’exception de Saint-Etienne et de quelques communes suburbaines de la partie nord de la ville, les précipitations comme les impacts baissent très vite dès que l’on sort de ce petit périmètre. Au début de l’été, la région est coutumière de ces événements orageux intenses ponctuels qui déversent en un temps très faible des quantités énormes de pluie ou de grêle. A Andrézieux, le total du 2 juillet est très inférieur. Dans un rayon de 40 km, il devient très faible, à peine 3 mm à Montregard. Ceci correspond au cumulonimbus observé en descendant sur la ville ce soir là. Dans le passé, des orages très localisés sont passés au travers des mailles du filet du réseau pluviométrique et n’ont pu être mesuré comme le 12 juin 1996 dans la vallée du Gier.

 Pour la ville, les références historiques d’importance concernent le 23 août 1994 avec un paroxysme sur l’autoroute A72 au pied de Montreynaud  et surtout de juillet 1849 avec 11 morts qui reste l’événement le plus dévastateur.

Certains me donnent des références par rapport à 2007 avec différents mois : juin, juillet. Il y a eu effectivement de gros orages cette année là, surtout le 15 mai qui avait déposé 65 mm en 24 heures avec une intensité horaire bien moindre, mais la ville avait été peu touchée. Ne pas confondre : un très gros orage de grêle avait dévasté le sud de l’agglomération lyonnaise le 30 avril de cette même année et surtout, 2 jours après l’orage de Saint Etienne, celui du Chambon Feugerolles avait été d’une toute autre ampleur. A Saint-Etienne, comparer cet orage du 2 juillet 2009 à ceux de 2007, n’est pas significatif sur la ville.

Ces orages dangereux se produisent surtout en soirée. En débutant à 19h 30 celui du 2 juillet ne faillit pas à la règle. Pour que de tels abats se produisent il faut une instabilité de l’air extrême entre un air très chaud au sol à la suite du fort ensoleillement ce qui s’obtient en fin de journée au bout du processus de réchauffement diurne. Si au même moment de l’air froid arrive par-dessus en altitude, l’air chaud monte brutalement, crée des masses nuageuses très instables qui atteignent des altitudes élevées, avec des précipitations en conséquence.

Seconde question, les orages arrivent habituellement du sud-ouest. Dans ce cas, des photos attestent de la progression par un véritable mur d’eau venant de la vallée du Gier. L’analyse des cartes météorologiques d’altitude permet d’éclaircir le mystère de cette trajectoire inhabituelle. Depuis la matinée, les masses pluvieuses de la perturbation progressent bien selon une orientation de sud-ouest à partir de l’Aquitaine vers le Massif central. Elles viennent toutefois buter sur une dorsale anticyclonique méridienne de la Méditerranée à la mer du Nord visible entre 5000 et 6000 m d’altitude. Au contact de ces hautes pressions, les masses pluvieuses vont se redresser pour remonter vers le nord. L’amas de nuages est situé sur le nord de la vallée du Rhône à 14 heures, il est ensuite vigoureusement rebroussé vers le nord, pour contourner le Pilat en direction du bassin stéphanois.

Cette trajectoire exceptionnelle accroît l’instabilité de l’atmosphère et l’intensité orageuse. L’air chaud du sol qui remonte alors du sud est renvoyé brutalement sous l’air froid qui descend de l’Atlantique nord. Un contact brutal entre les deux accentue ponctuellement l’intensité de l’orage.

Les autres aspects concernent les points d’inondations dans la ville. 72 mm en moins de 3 heures ne pouvaient que provoquer des impacts sérieux. Pour comprendre, il faut penser qu’il ne s’agit en rien d’une crue classique où le cours d’eau remplit sont lit puis déborde sur les secteurs avoisinants. Par ce type d’orages, les grandes rivières sont peu affectées, seuls les petits cours d’eaux réagissent. En milieu urbain, ces ruisseaux sont recouverts. Quand une masse d’eau énorme arrive brutalement en surface, l’évacuation vers les canalisations souterraines pose souvent problème, soit les bouches d’égout sont insuffisantes ou bouchées et ne peuvent absorber le flux, soit ces canalisations sont brutalement surchargées et l’eau sous pression reflue en surface au point de desceller une plaque d’égout et son coffrage de béton au milieu du carrefour des rues JJ Rousseau et J Verne.

Dans ces conditions les rues deviennent des rivières et le cours d’eau spontané ainsi crée suit la topographie qui a été imposé par l’architecture et l’urbanisme. Toute convergence de rues en pente en direction d’un point bas devient un site sensible. L’eau vient d’autant plus s’y accumuler quand en aval de ces carrefours on trouve une contrepente ou un rétrécissement. Très souvent ces situations proviennent du remodelage de la topographie par l’urbanisme. Pour faire passer des voies sous une ligne ferroviaire ou une route, il a fallu surcreuser le niveau du passage inférieur, les eaux viennent s’accumuler dans ce point sensible. Comme de nombreuses fois antérieures, le pont au bout de la rue Vacher, celui de l’A72 au pied de Montreynaud  a connu à des degrés divers une hauteurs d’eau. Au dessus de Jacquard, les eaux descendant du crêt de Montaud ont buté sur le remblais de la voie ferrée du Puy, les deux ponts ont concentré les flots et les ont envoyé brutalement vers l’aval et une maison de retraite.

La grand-rue au niveau de Bergson a concentré les eaux  de trois ensembles de rues, celles de l’amont, celles descendant de Montaud et celles provenant de l’ancien site de la manufacture d’Armes. Le flot ne pouvait rejoindre le Furan recouvert quelques mètres sur le côté et dont le niveau supérieur de la couverture se situe au dessus de la Grand’rue comme on peut le constater rue Barrouin.

Les hommes ont souvent construit les villes en faisant converger des axes en direction de points centraux. Quand ces derniers sont situés au bas de pentes, que ces pentes sont importantes comme à Saint Etienne, l’architecture et l’urbanisme souvent hérités de l’histoire peuvent être autant de sources d’inondations.

La ville avait été touchée le 23 Août 1994 par un événement du même genre. J’ai exposé le problème à trois reprises en 1997[1] en 2003[2] et en 2005[3] et identifié les principaux sites concernés. Les travaux et études n’ont pas manqué dans le cadre du PPRNPI fait en 2005. Il est vrai que ce dernier concernait seulement le Furan qui n’a débordé cette fois qu’en aval, dans le secteur de Ratarieux surtout, alors que le problème le plus grave concerne les petits ruisseaux qui ont recommencé comme en 1994 ou à des nombreuses occasions. Un magasin de bricolage connu, a été déplacé comme étant situé en zone rouge inondable, il a été inondé cette fois, mais dans son nouvel emplacement supposé sans risque !

Ce type d’inondation gêne car jusqu’à présent il a été très mal compris et analysé.


Les services de l’état qui gèrent les grandes rivières s’occupent très peu de ce type d’inondations qu’ils qualifient pudiquement de « ruissellement urbain »


Les hydrologues des bureaux d’études formés à étudier des inondations classiques sont gênés aux entournures pour traiter de ce type de débordement. C’est très visible dans le cadre du PPRNPI dans le centre ville de Saint Etienne avec la fameuse « zone hachurée » crée pour la circonstance.


Dans le passé et même maintenant, l’urbanisme comme l’architecture ont peu tenu compte de ces contraintes hydrologiques liées à l’écoulement des eaux. Ils n’ont pas intégré que dans certains cas de pluies intenses, les rues peuvent se transformer en rivières. En multipliant les contrepentes, les surcreusement sur des points bas, et autres topographies transformées, de nouveaux sites inondables ont été crées.


Les services administratifs sont très gênés pour régler ce type de problème qui nécessite des méthodes hydrologiques nouvelles.

Ceci explique-t-il la faible médiatisation de cette dernière inondation, si l’on exclut Internet ?


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain, le texte de cette chronique étant repris sur zoom42.fr et mon blog . Bonne semaine à tous.

 

 

 



[1] G. Staron « Le Furan La rivière naturelle » 1997 Une rivière une Ville Saint Etienne et le Furan Archives départementales de la Loire

[2] G. Staron « Le ciel tomberait-t-il sur nos têtes ? » 2003 Editions ALEAS (disponible auprès de l’auteur et de l’éditeur

[3] « les démarches de développement durable, pertinence et apports effectifs dans la gestion de l’air et de l’eau : les exemples de Lille et Saint Etienne » 2005 Rapport final, responsable Isabelle Roussel

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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /2009 16:40

Voici les commentaires et informations reçus par des biais divers avec leurs réponses à propos de l'orage de jeudi soir à Saint Etienne

Dégâts du 02-06 - Furan - L'Etrat
Juste quelques mots pour vous signaler que le Furan a bel et bien encore débordé à L'Etrat (zone découverte), inondant la zone de confluence Roteux-Furan (soit Place du marché, rue du 8 mai et habitations alentour). Crue moins violente et moins importante que celle du 25-08-94 (45cm à l'intérieur de notre habitation alors, niveau de crue de 10cm hier soir).Il semblerait aussi que la zone des magasins Gifi-Gemo Ratarieux ait connu aussi quelques soucis.Voilà, juste pour apporter quelques précisions prises à la "source" ;-) (rire jaune)J'en profite pour saluer et remercier Mr Staron (pour la peine d'avoir eu à me supporter il y a longtemps au lycée, pour ces travaux sur le Furan (doc. très intéressant que j'avais t rouvé à la bibliothèque de St Priest) et pour tous les travaux actuels). Qu'attend-on pour faire appel à des experts comme lui pour enfin prendre des décisions intelligentes quant aux problèmes hydrauliques de la région? Amicalement. 
 

Merci de votre message, d'autant plus sympathique quand il provient d'une ancienne élève à qui je n'ai pas laissé un trop mauvais souvenir

Merci aussi des informations communiquées :

Pour le secteur de Gifi- Gemo j'étais déjà au courant

Pour celui du Reteux à l'Etrat, place du marché, j'ignorais mais ce n'est pas une surprise c'était mon site F5 qui a été inondé en 1953 en 2003 en plus de 94.... je vous joins ma fiche que je pourrai compléter aussi avec vos informations

Désolé pour votre inondation....

avec mon bon souvenir

Gérard Staron

 

 

Bonjour,
Informations erronées et non vérifiées, 1,80 mètre d'eau dans la rue vacher soit 30 Cm de plus qu'en juillet 2007.
Voulez-vous des photos....
Cordialement

 

J’ai vérifié moi-même vendredi dans la matinée ce site qui est un classique des inondations à Saint Etienne. 00012.jpg


 Sur la photo, la laisse de crue  ne  dépasse pas le niveau de la portière d'un véhicule de tourisme ce qui ne peut faire 1,80 m  même sous le pont. Elle permet aussi de comprendre pourquoi le point bas situé sous le pont concentre les eaux en provenance de 3 directions où l’écoulement est difficile.

L’inondation de  ce dernier jeudi n’a aucun mérite à dépasser  Juillet 2007 puisque ce dernier mois n’a pas laissé de grand souvenir   par ces débordements importants à Saint Etienne. Par contre les inondations  significatives et bien supérieures à cet endroit datent d’octobre 2004 pour la dernière d’importance et surtout du 23 aout  1994 pour la plus importante et beaucoup d'autres moins significatives.

Le bassin de l’Isérable  grande vedette autrefois des inondations urbaines a été tellement peu affecté que les articles de presses n’on  mentionné à son sujet qu’un ralentissement sur l’A72 au pied de Montreynaud , point crucial dans le passé aux mêmes dates

Conclusion :
Les inondations sont toujours un sujet inépuisable de polémiques
L'Hydrologue est toujours pris entre qui joue de la gonflette ou qui utilise la formule "circulez il n'y a rien à voir"
L'orage de jeudi a été peu ou tardivement médiatisé, peu être parce que ces impacts ont été éparpillés sur l'ensemble de l'agglomération, sans aspects spectaculaires notoire sur un point déterminé La comparaison avec la grêle de Charlieu qui a eu une couverture nationale peut surprendre car à la fin quel sera celui qui coûtera le plus cher ?.
Il y a des inondations que l'on invente , voir le Furet, et celles que l'on ne veut pas voir. J'ai fait cette constatation depuis longtemps
Alors que les précipitations ont été très fortes sur L'Isérable où se situe mon pluviomètre, les effets sur ce bassins sont très largement inférieurs à ceux des précédents violents orages.
Toutes les zones inondées correspondent à des sites que j'avais déjà inventoriés dans mes publications individuelles ou collectives effectuées :

-- "Le Furan , la rivière naturelle ?" dans "Une rivière une ville Saint Etienne et le Furan" 1997 Service éducatif des Archives départementales de la loire
-- "Les démarches de développement durable , pertinence et apports effectifs, dans la gestion de l'air et de l'eau : Les exemples de Lille et Saint Etienne, rapport final , responsable scientifique Isabelle Roussel
 L'école d'Architecture a même été inondée selon la presse !!! Va-t- elle regretter de ne pas assez s'occuper des inondations ?


Gérard staron

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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /2009 19:13

Sur l'image de gauche transmise par Claude hier à 17 h, le vent violent atteint la pointe de la Bretagne. Ses vitesses atteignent à peine 100Km/h  à la pointe du Raz.

Sur celle de droite aujourd'hui à la mi-journée, la tempête a traversé la France  et passe en Suisse . les vents les plus violents atteignent Bâle, avec 163 km/h,  qui pour des raisons de couloir a subi la rafale la plus forte

Entre temps, elle a suivi la côte sud de la Bretagne, elle est rentrée sur les terres au niveau de la Vendée et a continué sur la bordure sud du Bassin Parisien,  de Potiers à Auxerre, avant de passer sur les Vosges, le sud de l'Alsace et la Suisse

 

Comme annoncé, nos départements de la Loire et de la Haute Loire ont été épargnés. Seul le nord du Puy de Dôme a subi quelques effluves atténuées

 

Sur les deux images on distingue , les tourbillons avec la partie méridionale où les vitesses du vent sont les plus violentes. Ils se sont déplacés d'ouest en est , de l'Atlantique à l'Europe centrale.

Même si la tempête réelle s'est un peu dégonflée par rapport à son annonce,  l'hiver  continue a défrayer la chronique, dans le vrai sens du terme,  pour la N° 715 à venir samedi prochain sur Radio Espérance, zoom42.fr, puis ce blog

Gérard Staron

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 22:13


Tempêtes et inondations du sud-ouest

     La tempête a affecté le Bassin aquitain avec un effet de couloir entre les Pyrénées et le Massif central. On distingue 3 ensembles selon la vitesse des vents (graphique).


Au petit matin du 24 janvier, à partir de 5 heures, La côte landaise du golfe de Gascogne subit des rafales de plus de 170 km/h autant à Biscarosse qu’au cap Ferret. Comme les tempêtes naissent toujours sur un océan, comme le vent ne rencontre aucun obstacle sur le milieu maritime, les rafales sont toujours plus violentes le long des côtes.

Dès que l’on rentre à l’intérieur des terres, les vitesses maximales baissent très vite. Par exemple 172 km/h le long du bassin d’Arcachon, 141 à Mont de Marsan, 111 à Auch, 120 à Toulouse. Le centre du Bassin aquitain a été relativement épargné.

A l’approche de la Méditerranée, à partir de la mi journée, les vitesses augmentent à nouveau avec 3 stations qui ont dépassé 180 km/h : le Mont Aigoual habitué des vents violents en altitude qui atteignent souvent plus de 210 km/h, le Cap Bear un point particulièrement venté coutumier des vitesses supérieures à 150 km/h, et Perpignan de façon plus surprenante même s’il y avait déjà un précédent du même ordre en avril 1958. Cette recrudescence s’explique par l’aspiration du flux atmosphérique par la « Grande bleue », en raison de la grande différence thermique entre la tiédeur de cette dernière et l’air froid qui arrive. D’ailleurs, la Corse et les côtes provençales ont subi en soirée des effluves plus ou moins atténués.

Cette tempête a suscité beaucoup de comparaisons souvent erronées avec celles des derniers jours de décembre 1999.

Dans les deux cas, on constate deux tempêtes à quelques heures d’intervalle. En 1999, elles ont présenté toutes deux le même gros danger. En janvier 2009, celle du 23 a été relativement modérée  sur une trajectoire de la Manche à l’Allemagne. Celle du 24 a été exacerbée pour des raisons géographiques. Sa dépression n’est pas très creusée (980hpa), la surcote de l’océan liée à la hausse du niveau de la mer dans la zone de basses pressions ne dépasse 1 m que dans le secteur de Royan, contre 0,6m ailleurs, ce qui reste limité.  Le flux violent a été coincé entre le centre de la dépression qui a traversé d’ouest en est le nord du Massif central et la chaîne Pyrénéo cantabrique qui a d’autant plus canalisé au sud la violence du flux atmosphérique qu’elle présentait la même orientation que la trajectoire de l’ouragan.

La différence de latitude entre les deux tempêtes de janvier 2008 est beaucoup plus forte que celle de 1999 en raison de la poussée beaucoup plus virulente de l’air froid qui descend derrière et qui a apporté les chutes de neige de samedi et dimanche sur le Massif central. C’est ainsi que cette tempête du 24 janvier 2009 concerne des régions plus méridionales que celle de 1999. C’est pour cette raison que, sur le Bassin aquitain, les vitesses des plus fortes rafales sont du même ordre de grandeur que celle de 1999.

Par contre, il n’y a aucun rapport au niveau de l’extension géographique des zones affectées. Ce 24 janvier, en plaine, seuls 10 départements ont subi des rafales supérieures à 120 km/h, et 5 de plus de 140 km/h. En 1999, pour la  1ère tempête, 33 et 19 départements avaient dépassé ces seuils, et pour la seconde 31 et 15 départements. Comme il ne s’agissait pas des mêmes zones, en 1999, plus des 2/3 du territoire métropolitain avaient été balayés par des rafales dangereuses.

L’association entre la tempête et les inondations qui ont suivi est aussi partiellement erronée.  Les pluies qui ont précédé ont été quantitativement plus importantes que celles qui ont accompagné ou même suivi l’ouragan. Sur le secteur amont de l’Adour, on distingue nettement les 4 grosses averses successives qui ont fait monté le fleuve par paliers. La première se produit le 21, la seconde correspond à la  pluie du 23, la troisième du 24 provoque une nouvelle montée plus faible et enfin la 4ème se produit le 26. Dans les pays océaniques une seule averse ne suffit pas pour faire monter la rivière, il faut un phénomène cumulatif sur plusieurs jours. Ce cumul a été bien moins long sur la Garonne, sur les affluents de la Dordogne, la Dronne et l’Isle, et la Charente qui ont commencé à monter seulement le 23 et de ce fait ont connu des crues de moindre ampleur et surtout de plus faible durée que l’Adour.

Cette catastrophe ne justifie pas  la comparaison avec 1999. La Météorologie et l’hydrologie ne suffisent pas à expliquer l’importance  des dégâts relatés. Ces derniers semblent d’ailleurs concentrés sur un secteur, les Landes, en raison des caractéristiques du milieu géographique.

Si vous regardez la définition de « Landes »  vous obtiendrez « terrain non boisé », or aujourd’hui cette région est l’une des principales forêts du pays. Cette plaine sableuse, au terrain instable avec des dunes qui se déplaçaient selon les vents dominants, correspondait à une région pauvre marécageuse en adéquation avec la définition du dictionnaire. A partir du Second Empire, les premiers ingénieurs agronomes, dont Bremontier, ont trouvé le moyen d’arrêter le déplacement des dunes, de stabiliser ce milieu instable, d’assainir son caractère marécageux. L’implantation du pin maritime s’est avérée particulièrement judicieuse et a provoqué la richesse de la région avec l’industrie du bois.

 Ici, la forêt stabilise le sol sableux et non pas l’inverse comme on pourrait le penser dans une région normale. Quand le vent s’en mêle, c’est souvent le carnage ! La lutte entre le sable mouvant et la forêt stabilisatrice, s’exprime parfaitement autour de la dune de Pyla qui n’a jamais pu être plantée et dépasse 100 mètres de haut !

La forêt des Landes n’est pas d’origine, ce qui la rend fragile. Il a fallu faire beaucoup de travaux pour la protéger des incendies gigantesques comme celui de 1947. Les arbres issus de semences portugaises au départ ont souvent gelé lors des grands hivers. La sensibilité aux tempêtes est la troisième fragilité, elle aggrave aussi les problèmes d’alimentation électriques et l’isolement des voies de communication en liaison avec les chutes d’arbres en raison d’un habitat très dispersé qui multiplie les lignes à réparer et les petites routes à dégager.

Autre particularité de cette plaine, le sable qui la compose n’est perméable qu’en surface, mais à quelques centimètres du sol, une couche imperméable durcie, l’alios,  retient l’eau en surface. Ceci explique le caractère marécageux que l’on retrouve encore dans le folklore de la région avec les bergers sur les échasses pour émerger des marais. Par ailleurs les dunes situées à proximité de l’océan sont un obstacle à l’écoulement de l’eau qui ne peut se faire qu’aux extrémités des Landes ou à partir du bassin d’Arcachon. Même l’Adour contourne le flanc sud de la plaine et doit traverser son extrémité entre Bayonne et le Boucau. Dans des zones où la pente est particulièrement faible, la crue s’attarde en aval de Dax. Les 4 intumescences de l’amont, ont donné à Dax une montée à peine accidentée de paliers, et depuis le début de l’après midi du 27 où le fleuve a atteint 5,1 m, les eaux stagnent à des niveaux élevés. Il en est de même dans les points mal drainés de la plaine des Landes.

La fragilité du milieu géographique est certainement aussi importante que les conditions météorologiques de la tempête ou des précipitations dans l’importance de la catastrophe.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance à 13 h 15, texte repris sur le portail internet zoom42.fr et ce blog. Bonne semaine à tous.

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Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /2009 15:38

    Les crues des bassins du sud-ouest de la France présentent une particularité assez curieuse , assez faibles sur les bassins amonts, elles  prennent de l'importance vers l'aval. C'est très net sur la Charente où la rivière enfle entre Angoulème et Cognac. Les cours d'eaux en provenance du Massif central comme la Dordogne ont peu bougé alors que ses affluents de l'aval l'Isle et la Dronne ont débordé.
    Les pluies qui ont accompagné la tempête n'ont apporté qu'un complément à des rivières qui avaient déjà commencé à monter dès la matinée du 20 sur l'Adour, du 23 sur la Garonne en aval de Montauban.  Les crues de ces rivières de plaine sont des phénomènes lents qui mettent un temps très long pour se mettre en place. Une seule pluie ne suffit pas, seul un cumul de précipitations successives remplit le bassin comme une baignoire qui déborde. Rien à voir avec les crues cévenoles qui s'évacuent comme une chasse d'eau (1)
Pour vous en convaincre voici les profils comparés de crues de la Charente à Saintes et du Rhône à Avignon survenues en même temps en janvier 1994 !  (2)

Actuellement le maximum est en passe d'être atteint sur les bassins les plus touchés.
Sur l'Adour la crue arrive à 5,1 m à Dax, elle est inférieure à celle de mars 1999.
Sur la Garonne, la crue approche de Bordeaux , elle est inférieure aux grandes crues de décembre 1981 et mars 1930
Sur l'isle et la Dronne, l'onde atteint la confluence avec la Dordogne où elle va perdre de son influence.
La Charente monte encore à Cognac et en aval, mais la crue est inférieure de 1.5m à celles historiques de 1982 et 1994 ( mentionnée sur le graphique).
 Ces cours d'eaux baissent  aussi très lentement, on ne peut émettre aucun disgnostic pour la suite. De nouvelles pluies importantes  dans les jours prochains pourraient faire repartir la crue sur des bassins saturés !

(1) Gérard Staron   "Le ciel tomberait-il sur nos têtes"    2003 Editions ALEAS 15 quai Lassagne 69001 Lyon
chapitre 3
(2) graphique extrait de Gérard Staron "Les catastrophes d'origine pluviométriques dans le sud de la France , l'exemple des 6,7 et 8 janvier 1994"    Publications de l'association internationale de climatologie  1994
volume 7 p 225 à 231

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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /2009 20:14

                                                                                                           Voici le tourbillon de la tempête transmis par Claude.

A 10 h 45  (image au dessus), le centre de la dépression est visible sur le département de la Creuse.  On distingue l'air froid  qui descend des Iles britanniques jusqu'aux Pyrénées. C'est dans cet entonnoir entre le sud de la dépression et l'axe montagneux orienté ouest-est  qui s'étire de la Galice au Roussillon que se situent les vents les plus violents canalisés entre les deux. Avec plus de 170 km/h, les stations littorales, proches du bassin d'Arcachon, Biscarosse et le Cap Ferret ont subi les rafales les plus rapides.  Le vent est toujours plus violent sur une surface maritime qu'un continent où la rugosité du relief limite les vitesses qui diminuent vers l'intérieur des terres. Au contact avec l'air doux situé en avant vers l'est,  les nuages les plus épais  s'étirent du Poitou au Massif central et déversent selon l'altitude pluie ou neige.




Un peu plus tard vers 14 heures (image en dessous),  l'ensemble s'est déplacé vers l'est. Le centre de la dépression est moins visible, sur la plaine du Forez , semble-t-il. Les vents les plus violents atteignent  la Méditerranée  avec une virgule qui remonte sur l'Aveyron et la Lozère. Le rétrécissement entre le Massif central et les Pyrénées au niveau du seuil de Naurouze, l'attraction par les eaux tièdes de La Grande Bleue  ont déterminé la très violente rafale sur Perpignan à plus de 18O km/h. Au même moment, les précipitations se déclenchent entre le Mézenc et le Pilat avec de la neige au dessus de 800 mètres et de la pluie en dessous. L'arrivée de l'air froid en Méditerranée détermine le gonflement de l'énorme panache de nuages sur les golfes du Lion et de Gènes.

Cette tempête marque le retour de l'hiver. L'air froid l'emporte, quelque soit la résistance de l'air chaud sur la Péninsule ibérique derrière l'axe des montagnes Pyrénéo-cantabriques.

Gérard Staron   http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

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