La seconde partie de l’année 2009 semble celle des décalages géographiques des grands mécanismes
météorologiques planétaires.
Ils ont commencé dès l’été. La chaleur et la sécheresse s’installent sur tout le bassin méditerranéen de façon croissante au cours des
mois de juillet et d’août au point de connaître son maximum avec la petite canicule qui a suivi le 15 août. Ce phénomène a largement débordé au nord de sa zone normale en franchissant les crêtes
de l’est du Massif central. La sécheresse a atteint la Haute Loire et le sud de la Loire, repoussant les orages sur le Roannais et le Bourbonnais. La petite canicule du 15 au 20 août a surtout
été une affaire de Lyonnais.
Au même moment, plus au sud, l’Afrique de l’ouest puis le Sahel, d’habitude si souvent touchés par la sécheresse ont connu un
mécanisme croissant de très fortes pluies qui ont remontées vers le nord bien au-delà de leur limite habituelle. La saison des pluies qui suit le cheminement vers le nord de la convergence
intertropicale en même temps que celui du mouvement apparent du soleil au zénith, est en retard en mai et en juin dans son déclenchement, mais depuis juillet les pluies se sont transformées en
inondations avec deux phases successives remontant vers le nord.
Au mois de juillet les très fortes précipitations affectent deux secteurs des côtes du golfe de Guinée avec le Sierra Leone, le Ghana,
et ses voisins de la Cote d’ Ivoire et du Bénin.
A partir d’août le phénomène concerne les régions du Sahel, bien plus au
nord. Le 7 puis après le 20 août, il s’agit de la région de Dakar et du sud de la Mauritanie. La paroxysme correspond aux premiers jours de septembre avec les inondations médiatisées avec un mois
de retard à Agadez, mais aussi la veille à Ouagadougou qui reçoit 300mm le 1er entre 4h30 et 15 h et le lendemain à Bamako le 3 septembre
au soir
Dans ces zones sahéliennes et même désertiques du nord marquées par la baisse des précipitations depuis la fin des années soixante-dix
et par l’avancée du désert, l’effet de surprise a été d’autant plus net que l’écoulement s’effectue en nappe, « shetflood », sur de grandes largeurs, les lits des oueds n’étant plus
dessinés dès que l’on sort des montagnes. Les maisons en terre ont été sapées par ces masses d’eau qui ont dilué l’argile du bas des murs.
L’analyse météorologique semble montrer une remontée des anticyclones subtropicaux en direction de l’Europe pendant l’été. En même
temps, la mousson africaine qui accompagne en Afrique de l’ouest la remontée de la saison des pluies et de la convergence intertropicale est allée bien plus loin vers le nord que d’habitude au
point d’atteindre le massif de l’Air en plein Sahara !
Les deux phénomènes de l’été, en Europe comme en Afrique, sont croissants
au cours de la saison, absents en juin. Ils atteignent leur paroxysme à la fin du mois d’août en Europe ou au tout début de septembre au Sahel.
Est-il possible d’établir un lien? Les anticyclones subtropicaux centrés habituellement sur le Sahara ont largement remonté sur le
bassin Méditerranéen et au delà. En même temps la convergence intertropicale et la mousson africaine ont anormalement atteint les confins du Sahara. Toute se passe comme si il y avait eu une
translation des centres d’action météorologiques de l’été en direction du nord !
Le deuxième grand décalage géographique de cette deuxième partie de 2009 concerne les averses méditerranéennes. Cette fin de semaine
correspond à la première averse cévenole réelle puisque les grosses pluies des 16 au 19 septembre 2009 ont touché la côte d’Azur, la région marseillaise et le Pays basque alors que les Cévennes
proprement dites si souvent atteintes sont restées indemnes de grosses pluies. Celle de jeudi et vendredi (8 et 9 octobre) risque en plus d’être très modérée par rapport aux abats classiques de
l’automne sur le massif cévenol.
Alors que notre pays coulait des jours cléments avec des températures élevées l’après-midi et un soleil abondant, il y a eu de très
grosses pluies méditerranéennes ailleurs au même moment. Elles ont été décalées vers le sud, dans des régions habituellement moins affectées où elles
ont provoqué un véritable effet de surprise.
Je vous ai déjà expliqué comment la descente froide du 1er septembre avait, après un cheminement complexe, terminé sa
course par une inondation catastrophique à Istanbul, dans une cité qui ne connaît jamais si tôt dans la saison de tels événements.
La descente froide du 20 septembre, termine sa course par des inondations dans le sud de la Tunisie dans les région de Sfax et
Gafsa.
Quelques jours plus tard, une autre descente froide arrive au delà du détroit de Gibraltar. Chargée d’humidité sur la
mer d’Alboran, elle déverse 110 à 330 mm du 27 au 29 septembre sur le Levant espagnol, les Communautés de Valence et Alicante.
Enfin la dernière descente froide, du début octobre a terminé sa course par les inondations de Sicile dans la région de Messine. Les
très grosses pluies ont été compliquées par des phénomènes de glissements de terrains dans des roches argileuses qui glissent en masses quand la pluie leur fait perdre leur structure.
Ce décalage géographique semble aussi lié à un problème de circulation générale de l’Atmosphère. La présence d’anticyclone a dévié de
leur trajectoire habituelle les descentes froides qui d’habitude passent par le Golfe de Gascogne, pour terminer par des pluies Cévenoles après recharge en humidité sur la grande Bleue.
La descente du 1er septembre ne peut pas atteindre le bassin méditerranéen par la France en raison des anticyclones
d’altitude sur la « Grande Bleue », elle doit le contourner vers l’est pour arriver sur Byzance.
Celle du 20 septembre s’effectue sur le flanc des hautes pressions atlantiques qui progressent sur la France. L’air froid doit
contourner par l’est pour arriver à la fin sur la Tunisie où il se recharge en humidité sur la « Grande bleue ».
Celles de fin septembre doivent aussi effectuer un long détour par l’est, par la
Scandinavie et L’Allemagne pour arriver, sur le Levant espagnol pour la première après un long trajet en diagonale et sur la Sicile pour la seconde par une descente méridienne.
Ce n’est pas parce que notre pays a subi les apparences agréables du beau temps anticyclonique que l’air froid n’a pas réussi à
s’infiltrer en direction de la Méditerranée. Il a contourné par l’est la difficulté pour atteindre cette mer chaude et il est allé très loin vers le sud en Turquie, en Tunisie, en Espagne et en
Sicile.
L’air froid est même descendu plus loin vers le sud, celui qui a atteint l’Espagne le 26 septembre a même continué sa route le long
des côtes atlantiques de l’Afrique de l’Ouest en contournant une dépression centrée sur le Sahara. Je ne peux pas assurer, les médias ayant communiqué la nouvelle avec un mois de retard, qu’il en
a été de même lors des premiers jours de septembre pour les inondations d’Agadez, Ouagadougou et du Sahel en général, mais ce ne serait pas la première fois que de l’air froid s’insinuerait
jusqu’aux zones équatoriales et y déclencherait de très grosses pluies en raison du contraste thermique.
Ce n’est pas parce qu’il fait habituellement sec sur le désert ou le Sahel qu’il ne peut pas y avoir d’inondation pendant un été chaud
en France, et ce n’est pas parce qu’il fait beau et chaud l’après-midi chez nous, que l’air froid n’est pas descendu à des latitudes très basses en septembre et octobre !
Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris sur zoom42.fr et mon blog
gesta.over-blog.com.
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