Samedi 17 avril 2010 6 17 /04 /Avr /2010 14:43

 

     IL est difficile de ne pas évoquer les conséquences de la tempête Xinthia, la une de la semaine.

C’est un excellent exemple de la perversité des rapports entre la climatologie lors des catastrophes naturelles, l’administration des services de l’état chargés de leur gestion et de la protection des populations et le monde politique qui très souvent ne comprend rien aux problèmes techniques mais se doit de beaucoup parler, affirmer ou dénoncer, et  évolue au gré du vent.

Au lendemain de la catastrophe, on entendait une belle unanimité pour dénoncer l’habitat dangereux dans les zones de polders de la côte atlantique et un chœur politique  à l’unisson demander des mesures drastiques. Quelques semaines après, les conclusions sont présentées et provoquent toujours une très belle unanimité contres elles des habitants menacés mais aussi des politiques. Pauvre état, il était accusé de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour éviter la catastrophe, maintenant il constate un nouveau concert d’opposition contre ses décisions !  En matière de retournement de veste, toujours du bon côté, voilà un bel exemple.

Même si je n’ai parcouru ce secteur que deux fois, le géographe connaît assez bien cette région et l’étude des cartes des zones de marais et de polders surtout dans cette portion de la côte atlantique est un passage obligé pour qui a préparé aux concours nationaux des écoles d’ingénieurs agronomes. Ne comptez pas sur moi pour justifier le détail de chaque zone que je ne connais pas, ceci n’exclut pas quelques remarques de bon sens établies à partir de la connaissance du milieu géographique !

Outre le nombre important de maisons vouées à la démolition, 1500, je m’étonne qu’un diagnostic si rapide et définitif ait pu être émis si peu de temps après la catastrophe ! Ceci veut-il dire qu’il existait déjà dans les cartons des cartes ? Etaient-elles établies en fonction d’autres préoccupations de l’Etat, par exemple l’application de la Loi Littorale ?

Si une étude nouvelle a été menée à la suite de la dernière catastrophe, je souhaite en effet bien du plaisir à ceux qui ont dû établir des cartes des zones noires, rouges ou jaunes en raison de la perplexité du sujet !

Les zones de polders présentent en effet une dualité géographique qui n’est pas sans compliquer le problème. Ce sont des régions très attractives pour les activités humaines liées à la mer mais aussi très vulnérables.

 Les alluvions marines laissent des sols très fertiles, le bri, qui permettent une agriculture intensive dans le marais desséché. Les exploitations sont souvent été restructurées avec la création de très vastes parcelles mécanisées. Depuis la mise en valeur de ces zones à partir du XVIIème siècle, les bâtiments agricoles ont préféré s’installer sur les terres ce qui est à l’origine d’un habitat dispersé dans les zones basses proches du niveau de la mer. Plus on a conquis de nouveaux terrains sur l’océan au fil des siècles, plus cet habitat s’est développé sur des parcelles de plus en plus exposées aux tempêtes. C’est très net dans l’Anse de l’Aiguillon.

Ces côtes de l’atlantique concentrent une grande partie de l’ostréiculture  et de la mytiliculture française. Ces activités associent des parcs en mer et un habitat dispersé sur la côte avec des installations légères pour l’exploitation. Les maisons autrefois dans les anciens villages avec leurs ports se sont souvent dispersées en fonction du développement des activités

L’essor récent du tourisme a généré la construction de maisons en arrière du front de côte que ce soit des résidences principales ou secondaires. C’est un troisième type d’habitat dispersé qui s’étire le long de la côte ou un peu en arrière..

Dans mon analyse antérieure sur Xinthia, vous avez pu constater qu’entre la surcote, les grandes marées, la houle liée à la tempête, il fallait se trouver à une altitude d’au moins 7 mètres pour prétendre être à l’abri. Selon les cotes mentionnées sur les cartes au 1/25000 ème, la hauteur des digues dépasse très rarement 4 mètres quand elle ne se limite pas à deux mètres. Les secteurs les plus à l’abri sont ceux situés derrière le cordon littoral dunaire souvent fixé par des forêts de pin maritime au sud en Charente maritime ou de feuillus en Vendée, mais ces dunes rétrécissent en largeur et baissent en altitude au sud de la Tranche sur mer et le point culminant de ce cordon sur la Faute sur mer atteint 9 mètres.

Le nombre d’habitations susceptibles d’être inondées par une tempête généralisée en concordance avec une grande marée est très supérieur aux 15000 destructions annoncées dans cette région. Si l’on veut s’en tenir au principe de précaution à la française, ce sont des communes entières qu’il faut raser ! C’est la totalité de la vie économique et sociale des marais qui est menacé.

Les services de l’état ont tenté de séparer le risque mortel de celui qui peut paraître acceptable et cette distinction est très délicate :

D’abord les maisons très basses des marais, souvent à un seul niveau, présentent un type d’habitat susceptible d’aggraver les risques en cas d’inondation puisqu’il n’est pas possible de s’abriter à l’étage.

Ensuite les constructions ont modifié la topographie des lieux, certains ont surélevé leur maison dans les zones les plus exposées alors que d’autres les ont surbaissées dans des secteurs moins risqués ce qui explique des incompréhensions.

Enfin les variations d’altitudes sont infimes dans ces marais, les aspects topographiques qui peuvent conduire les flux destructeurs vers tel ou tel lieux sont difficiles à appréhender. Quels repères de hauteurs faut-il retenir quand l’ensemble est quasiment au même niveau ?

 Distinguer des zones noires, rouges jaunes ressemble étrangement aux méthodes utilisées pour établir les zones inondables le long des cours d’eaux, or les mécanismes hydrologiques sont très différents. Il n’est déjà pas si facile d’établir différents niveaux de danger le long d’une rivière surtout en milieu urbain, essayer de distinguer des différences sur des zones homogènes par l’altitude est une gageure.  Une telle méthode ne peut que provoquer des réactions et des incompréhensions vis-à-vis de ce zonage. Le nombre important d’habitations supposées à détruire indique les difficultés rencontrées pour différencier des secteurs homogènes. La question se pose en des termes différents, tel ou tel polder ou marais doit –il être abandonné en totalité ou non par les hommes ?

Ces polders ont été conquis au fil des siècles. Dans le marais poitevin du 12ème au XVIIème siècle les gains sur l’océan ont été de 10 ha par an en moyenne, jusqu’au XIXème siècle ils ont été portés à 25 ha par an, jusqu’à ces dernières années on a colonisé en moyenne plus de 30 ha nouveau par an. Faut-il à cause d’une tempête renoncer à la mise en valeur de zones entières ou prendre les mesures de protection par des aménagements hydrauliques adaptés ?

Qu’est-ce qui risque de coûter le plus cher à la société, la destruction  d’habitations ou la construction de moyens adaptés à leur protection ?

Lors de la tempête de février 1953 en Zélande, les néerlandais ont été confrontés à ce problème. Les dégâts humains et matériels étaient infiniment plus graves que ceux de Xinthia.  Ils n’ont pas abandonné la Zélande, ils ont choisi les investissements colossaux du plan Delta ? ils n’avaient pas le choix en raison du manque d’espace dans leur pays et d’une densité de population très forte.                            
 Contrairement aux Pays bas, les polders représentent chez nous un espace marginal du pays, souvent ancien et mal entretenu, la France peut-elle se permettre le luxe d’abandonner des zones entières que leurs habitants  ont mis si longtemps à aménager, mais dont Xynthia a montré le caractère obsolète de la protection ?

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance, texte repris sur gesta.over-blog.com. Bonne semaine.

 

Par Gérard Staron - Publié dans : catastrophes naturelles - Communauté : Le champ du monde
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