climatologie

Dimanche 14 juin 2009

                       
                     Chronique N°731: Gradients altitudinaux exceptionnels de températures en mai !

  Ceux qui suivent les prévisions météorologiques sur le blog http://gesta.over-blog.com ont pu lire souvent l’annonce de très grands contrastes thermiques entre les plateaux du Massif central frais et les dépressions qui longent la Loire du bassin du Puy à La plaine du Forez affectées de coups de chaleur pendant ce dernier mois de mai.
 J’ai pu mesurer le phénomène en comparant mes observations de températures de Saint Etienne, à 500 mètres d’altitude dans le bas de la ville à proximité du technopole, et celles de Montregard à 990 mètres près de Montfaucon en Velay sur le haut du versant vellave des monts du Vivarais.
 J’ai donc mesuré le gradient, soit la différence de température entre ces deux postes en mai 2009. Pour l’ensemble du mois l’écart de 3,8° soit 0,77° par 100 mètres d’altitude est déjà très élevé puisqu’il est habituel de trouver 0,6° par 100 mètres. 3 journées les températures moyennes présentent une différence supérieure à 5° les 21 et 30 et même à plus de 6° le 9 mai.
 Au niveau des températures maximales moyennes l’écart moyen du mois monte à 4,4° soit un gradient de 0,9° par 100 mètres qui s’approche déjà de 1° par vite selon l’altitude. Mais ce dernier seuil est allègrement franchi pendant 13 jours au niveau des températures maximales où l’écart a atteint ou dépassé 5°. Lors des deux jours exceptionnellement chauds, les 24 et 25 mai avec 33 et 32° à Saint Etienne, il faisait à peine plus de 26° sur les hautes terres aux confins du Velay et du Vivarais. Des écarts énormes ont été atteints avec 6,7° et 7,3° soit des gradients de 1,3° et près de 1,5° par 100 mètres.
 Les écarts au niveau des températures minimales sont logiquement plus modérés. Avec 3° ils dépassent déjà 0,6° par 100 mètres au niveau de la moyenne mensuelle. Les inversions de températures, courantes le matin entre les deux postes, se sont limitées à deux journées, les 9 et 24 mai. Plus curieusement à 4 reprises, l’écart des minimales a dépassé 5° soit le gradient de 1° pour 100 mètres avec un maximum de 6,1° le 28 mai soit 1,24° pour 100 mètres.

La chaleur étouffante de la ville de Saint Etienne opposée à l’air frais des plateaux qui dominent la ville explique probablement une partie de la propension des stéphanois à venir respirer l’été sur les hauteurs et la vogue des résidences secondaires. D’ailleurs ce n’est peut-être pas pour rien que le villégiateur estival est parfois nommé par les locaux des hautes terres « un prend l’air ». Mais il faut dire qu’en ce domaine, mai 2009 a fait très fort, avec ces différences exceptionnelles de températures entre les Monts du Vivarais et le bassin stéphanois.
 Qu’est ce qui peut expliquer de telles différences thermiques ?
 Sûrement pas le matériel utilisé, les températures sont prises de la même façon avec une mesure toutes les 2 minutes, une sonde dans un abri à coupelle et un hobo-pro.
 Certainement pas l’exposition qui jouerait plutôt pour minimiser les écarts. En effet mon poste de Saint Etienne est plutôt exposé nord-ouest alors que celui d’altitude est sur un adret plein sud.
 L’analyse des journées où l’écart des températures maximales dépasse 5°, soit plus de 1° par 100 m, montrent qu’elles se regroupent en 4 épisodes qui présentent des types de temps semblables du 9 au 14 mai, du 19 au 21, les 24 et 25 , et enfin les 30 et 31. Pendant ces journées une perturbation tente de progresser sur la France mais a des difficultés énormes à avancer car elle est bloquée plusieurs jours consécutifs par un anticyclone souvent centré sur l’Italie du sud.
 Cette situation de confrontation provoque un flux de sud ou de sud ouest virulent qui provient parfois directement du Sahara comme les 24 et 25 mai. Quand il arrive sur la région, il est canalisé par les axes du Rhône et de la Loire. L’air doit escalader le versant ardéchois des reliefs de la bordure orientale du Massif central du Mézenc au Pilat avant de redescendre sur le versant stéphanois. Il atteint ma station vellave quand il vient de franchir la zone sommitale, et celle de Saint Etienne alors qu’il a effectué l’essentiel de la redescente. Ceci correspond à une situation de foehn traditionnel, l’air qui descend se réchauffe très vite au rythme de l’adiabatique sèche soit 1° par 100 mètres selon les lois de la physique, ce qui détermine un coup de chaleur dans les dépressions situées au nord de ces reliefs, soit sur des villes comme Clermont Ferrand, Saint-Etienne, l’agglomération Lyonnaise ou Grenoble, très chaudes ce dernier mois de mai.
 Cette explication, déjà donnée dans mon blog est insuffisante seule, car la différence de température dépasse largement 1° par 100 m dans de nombreux cas, d’autres phénomènes viennent donc s’ajouter.
 Le premier correspond à la couverture nuageuse plus abondante sur la zone sommitale au moment où l’air est le plus rafraîchi et à l’ensoleillement amplifié dans la zone basse après sa descente. Ce phénomène lié au précédent et à l’humidité de l’air a joué de façon marginale.
 Le second, la sensibilité au vent a certainement eu un impact plus fort. J’ai pu constater en me déplaçant de l’un à l’autre lieu, une différence de vitesse notable opposant un flux virulent en altitude et un doux zéphyr plus bas, mais aussi un ressenti opposé entre un élément rafraîchissant dans un cas et un souffle chaud et étouffant dans l’autre.

 La corrélation entre les écarts quotidiens des deux postes et les températures de Saint Etienne est significative pour les maximales, graphiques joints sur le blog ( un problème de mise en page a obligé d'attendre un peu leur parution). Les différences de températures croissent en même temps que les mesures du thermomètre. On distingue toutefois deux groupes de points (populations pour les statisticiens) parallèles. La série de 8 points qui présentent des écarts plus faibles, mais tout aussi croissants avec la température, correspond aux jours de début des périodes chaudes quand le mécanisme remontant du sud n’a pas encore atteint l’agglomération stéphanoise.
 Cette relation montre l’amplification du gradient altitudinal de température pendant ce mois en fonction de la chaleur.
 Au contraire aucune relation de ce type n’est visible pour les températures minimales. La dispersion des points est aléatoire, la droite de régression incohérente. L’analyse montre des contradictions notoires. Les deux inversions de températures se produisent lors de journées très chaudes qui par ailleurs présentent un écart très fort de températures maximales entre les deux postes. Le 23 mai, le coup de chaleur avec 33° à Saint Etienne, avec un écart de 6,7° pour les maximales, correspond à une température minimale supérieure de 0,1° en altitude par rapport à la ville 500 mètres plus bas. Le 9 mai, second jour d’inversion fournit la même information. Traditionnellement, les inversions se produisent par temps anticycloniques, c’est le cas en altitude pour les deux jours, mais la situation météorologique est bien différente au sol. Les écarts les plus forts pour les températures minimales ont lieu dans les jours de chute du thermomètre qui suivent les coups de chaleur. Des flux de nord arrivent et ils affectent plus nettement les plateaux que la ville qui conserve plus longtemps sa chaleur.
 Le mois de mai a été marqué par un gradient altitudinal exceptionnel des températures maximales. Ce dernier est lié aux coups de chaleur qui ont affecté les dépressions du nord du Massif central dans l’après-midi. Il explique peut être l’envie des habitants des villes, Saint Etienne mais aussi Lyon, d’aller prendre le frais en été sur les plateaux de la Haute Loire dont beaucoup sont originaires. Le réchauffement de l’air descendant des reliefs est aggravé par des phénomènes géographiques, flux de sud canalisés et accentués par les axes méridiens du relief, en liaison avec l’insolation et la sensibilité au vent.

 Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance, le texte étant repris sur zoom42.fr et ce blog .gesta.over-blog.com.
Bonne semaine à tous

Par gesta
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Jeudi 7 mai 2009

 

Les précipitations du début de 2009 laissent elles augurer des craintes sur la ressource en eau de la prochaine saison estivale ?

 Ce document compare chronologiquement les cumuls de janvier à avril à Bouthéon depuis la fin de la seconde guerre mondiale et il montre que le début de 2009 se situe dans une moyenne honorable avec 23 années dont le total des 4 premiers mois de l’année a été notablement inférieur. Cette période s’adosse en outre à une fin de 2008 particulièrement arrosée.

Pour interpréter ce graphique, il ne faut pas perdre de vue que les 3 premiers mois de l’année constituent avec décembre la saison sèche d’un climat à tendance continentale dans les dépressions de l’est du Massif central. Traditionnellement la pluviométrie augmente progressivement de janvier à avril

Les courbes de tendance montrent que l’évolution de cette partie de l’année est particulièrement faible depuis 1946 sur l’ensemble de la période. C’est particulièrement net sur l’ajustement sur une fonction linéaire. Celui sur une fonction polynomiale laisse apparaitre une hausse de la pluviométrie dans les années 80, en particulier 1983 marqué par des inondations en avril dans la plaine du Forez et 1986 avec des crues du Furan et de l’Ondaine pour le même mois.

Par contre les variations sont très grandes entre les années proches et en 2009 entre les mois qui composent l’ensemble avec 9,9 mm en janvier et 76,6 mm en avril.

 

Gérard Staron

 

Par gesta
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Mardi 5 mai 2009

Le bilan de l’eau

Saison froide 2008-2009

Gérard Staron

Article publié aussi sur le N° 49 de "Au fil du temps bulletin mensuel de:


La neige ayant disparu de mon horizon stéphanois en avril, à un moment où des plaintes reviennent sur le thème récurrent de la sécheresse, une analyse du bilan de l’eau depuis ma précédente contribution (Au fil du temps N° 43, novembre 2008 et aussi sur ce blog) devient d’actualité.

La reconstitution de la ressource en eau pendant toute la saison froide a été largement supérieure à celle des moyennes que j’avais établies lors de mes publications anciennes sur le bassin de la Loire[1]. La reconstitution complète de la réserve du sol, commencée pour quelques postes en septembre 2008, est terminée partout à la fin d’octobre, à l’exception du poste d’Ecully qui, avec un mois de retard, s’affirme comme le poste pluvio-thermométrique le plus sec de l’association, le plus à l’abri derrière les hauteurs des monts du Lyonnais.

Le surplus hydrologique depuis octobre 2008, disponible après la saturation des sols, pour alimenter l’écoulement des rivières et la reconstitution des nappes est nettement supérieur à celui que j’avais pu établir dans la passé à partir des moyennes 1951-1970 de postes climatologiques avec un écart entre 20 mm à Noirétable et 187 mm à Tarentaise. L’hiver 2008-2009 a donc reconstitué la ressource en eau  de façon très satisfaisante. Les principaux pourvoyeurs ont été les derniers mois de 2008. Le début de 2009 a été très irrégulier avec de grands contrastes entre janvier, février et mars.

Seul bémol, Cette abondance hydrique s’arrête dès le mois de mars  pour les postes de la plaine du Forez, de l’ouest Lyonnais  et du val de Saône. Ce retour d’un déficit pluviométrique modéré, en raison de précipitations très faibles en mars parait un peu précoce par rapport à une situation normale qui commence ce manque d’eau en avril ou mai.

Le tableau ci-dessous présente le surplus hydrologique en millimètres depuis septembre 2009, en séparant en deux groupes les stations pour le cumul de l’ensemble selon la situation de mars.

 

station

sept

octobre

novembre

décembre

janvier

février

mars

Total (mm)

Tarentaise

40

146,4

185,4

108,8

42,6

128,5

29,8

681,5

Noirétable

0

110,4

129,8

140,6

70

57,3

33,8

541,9

Violay (Gab)

 

160,2

125,6

98

42

72,8

6,7

505,3

Montchal

 

122,1

122,1

86,5

26,6

73,3

3,2

433,8

Bard

 

95,9

99,9

96,8

45,4

56,6

9,7

404,3

Corbas

10

48,5

56,5

40,7

27,1

110,4

0,5

293,7

Bron

29

61,7

43,1

22,1

25,6

101,3

1,2

284

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

total

 

 

Anse

 

110,3

102,2

66,8

31,3

79,7

390,3

 

 

Saint Etienne

 

60,7

139,4

78,9

17,8

73,1

369,9

 

 

Villefranche

 

79,1

123,9

60,3

27,2

77,8

368,3

 

 

Pierre-Bénite

 

66,3

74,5

39

20,1

89,3

288,7

 

 

Leigneux

 

36,2

100,6

65,2

30,9

48,1

281

 

 

Andrézieux

 

27,3

114,1

64,1

6,3

51,9

263,7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecully

 

 

63,6

53,9

30,5

81

229

 

 

                     

 

Lorsque les cases de septembre et octobre ne sont pas renseignées, la reconstitution de la réserve hydrique du sol n’était pas terminée à la fin de ces mois.

L’est lyonnais avec Bron et Corbas présente une ressource en eau  abondante  de septembre à mars inclus, au même titre que les zones de montagne du Pilat du Forez et du Lyonnais. Les précipitations méditerranéennes ont débordé de façon régulière sur ce secteur.

Au contraire, la plaine du Forez, l’agglomération stéphanoise, l’ouest Lyonnais et le val de Saône ont déjà commencé leur déficit pluviométrique en mars. La conjonction de la remontée des températures augmentant l’ETP (Evapotranspiration potentielle) et de précipitations réduites  a contribué à cette relative indigence.

 

station

déficit/ mars (mm)

Andrézieux

-14,2

Villefranche

-11,4

Leigneux

-10,6

Anse

-9,8

Pierre Bénite

-5,5

Ecully

-4

Saint Etienne

-3,5

 

 

Le mois d’avril dont je ne dispose pas de la totalité des données sur les deux départements a connu une pluviométrie suffisamment abondante pour faire repasser dans l’excédent pluviométrique un nombre substantiel de stations dont la mienne, Saint Etienne ( P-ETP = 30,1 mm ).

 

P.S. le poste de Montmelas ne figure provisoirement pas : absence de données pluviométriques en mars. Ultérieurement seront ajoutées de nouvelles stations disposant au moins d’un an de données pluvio-thermométriques (calcul du coefficient i)



[1] Gérard Staron « Méthodologie pour une meilleure connaissance de la ressource en eau : application expérimentale au bassin de la Loire supérieure » Revue de géographie de Lyon 1982/3 p267 à 286

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1982_num_57_3_3977?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false

Par gesta
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Samedi 2 mai 2009

 
Arrosages cévenols : avril et automne deux sauces différentes

     Ceux qui suivent mes prévisions sur ce blog : http://gesta.over-blog.com, ont pu constater que j’annonçais ces derniers week-end des épisodes pluvieux cévenols  sur le sud de la France tout en précisant «heureusement qu’en avril ils sont moins intenses et extensifs qu’à l’automne » où ils provoquent les très grosses inondations sur les rivières du Gard au Doux qui descendent vers le Rhône ou même débordent sur la Loire comme le 2 novembre 2008 pour la dernière.

Les pluies ont bien eu lieu. La première, pour le week-end pascal, a apporté plus de 90 mm sur le mont Aigoual, mais a très peu débordé vers le nord avec seulement 4 mm sur les monts du Vivarais. La dernière, le dimanche 26 avril, n’a déposé que 52 mm au mont Aigoual, mais elle a débordé jusqu’à la région stéphanoise avec plus de 40 mm. Ces grosses pluies ont provoqué une réaction modeste des rivières. Rien de comparable avec ce qui se passe à l’automne, où le Mont Aigoual reçoit régulièrement plus de 200 mm en 24 heures dans une telle situation avec des totaux qui peuvent atteindre dans les épisodes les plus virulents 600 mm en 24 heures et les conséquences que l’on connaît sur la montée des cours d’eau.

La situation atmosphérique a pourtant été identique ces deux week-ends avec celle des très gros abats de l’automne et toujours les 3 mêmes éléments explicatifs souvent présentés ici :

-Une descente froide perturbée en liaison avec une dépression qui s’installe en mer d’Iroise

-Une recharge en humidité sur la Méditerranée aux eaux chaudes ou tièdes

-Le blocage par un anticyclone continental qui s’accroche sur les Alpes, permet aux masses pluvieuses de remonter en direction des Cévennes et surtout d’y stagner ce qui permet de déverser l’eau céleste sur les mêmes régions tant que l’anticyclone bloque la porte de sortie de la perturbation vers l’Italie.

Il suffit d’examiner les cartes synoptiques du précedent week-end pour constater que tous ces éléments sont en place, comme lors des plus grosses catastrophes de l’automne. Qu’est-ce qui explique alors la modestie de l’épisode pluvieux ? Il est même possible de généraliser la question à l’ensemble d’avril, car ce mois dans le passé connaît très peu d’épisodes cévenols dangereux pour la pluie. Quand d’autres se sont produits comme en 2005, ils ont plus apporté des chutes de neige lourde que des inondations.

Parmi les trois éléments que nous avons annoncés, il ne faut pas rechercher l’explication au niveau des descentes froides perturbées qui déboulent de l’Arctique. Le mois d’avril est celui où elles sont les plus nombreuses. Cette remarque effectuée antérieurement par de nombreux auteurs, a été confirmée par mon dénombrement de 1989 à 1999[1]. L’automne, en particulier septembre et octobre, est la seconde saison où ces descentes froides sont les plus nombreuses, alors qu’elles sont très rares en été et même en hiver. Au mois d’avril, l’Océan arctique vient de connaître sont maximum d’englacement. A l’automne la banquise et les glaces se reconstituent après la fusion estivale. Dans les deux cas, ceci provoque une pulsion du froid aux hautes latitudes qui ne demande qu’à descendre jusqu’au niveau de la Méditerranée.

Il est plus judicieux de rechercher la modération des pluies méditerranéennes, dites cévenoles, du mois d’avril dans l’état thermique de la Grande Bleue. La température profonde ne varie pas et reste aux alentours de 13° contre moins de 4° pour l’océan. Cette différence est à relier à la faible profondeur du détroit de Gibraltar qui ne permet pas aux eaux profondes froides de l’Atlantique de pénétrer. Seules celles de surface beaucoup plus chaudes peuvent combler le déficit en eaux de la Grande bleue. Cette dernière connaît la très forte chaleur et évaporation de la Méditerranée orientale, ce qui augmente la salinité des eaux de surface et les fait plonger  pour contribuer à remonter la température des profondeurs. Ces phénomènes cumulés expliquent en toute saison la clémence des eaux qui ne descendent jamais en dessous de 13° et par voie de conséquence la capacité à fournir de l’humidité aux dépressions d’air froid qui la recouvrent en cas de descente arctique. Toutefois une masse maritime réagit avec lenteur aux phénomènes saisonniers pour les eaux de surface. C’est ainsi que la chaleur accumulée au moment de la saison estivale donne un maximum à la fin, soit en août et septembre. Tout l’automne, les eaux de surface restent très chaudes avec plus de 20° encore en octobre. Elles déclinent tout au long de la saison froide pour connaître un minimum à la fin, soit en mars et en avril. Le résultat parait simple. En automne, la recharge en humidité et l’instabilité de l’atmosphère sont stimulées par une différence thermique très forte entre les eaux de la mer et l’air froid situé au dessus avec un phénomène de cheminée poussé au maximum. L’intensité des précipitations est exagérée. Au contraire en avril, la température minimale de la mer, réduite à celle de ses eaux profondes, a un pouvoir diminué pour apporter l’humidité et l’instabilité à l’air froid situé au dessus. En avril, la Méditerranée manque de carburant pour stimuler les précipitations cévenoles.

Reste le dernier aspect, le blocage par un anticyclone continental qui résiste sur le massif alpin. Il y a plus de chance de constater sa présence à l’automne qu’en avril en raison du cumul de deux phénomènes. La Méditerranée orientale est encore recouverte par les anticyclones subtropicaux qui ont tendance à s’étendre sur l’Europe balkanique à l’automne en altitude. Au sol l’anticyclone continental s’installe en même temps que l’arrivée de l’hiver en Russie et Sibérie. Ce blocage par l’anticyclone continental, en raison de son lieu d’action détermine la répartition géographique des pluies. Nous venons encore d’en faire la constatation en comparant la pluie pascale qui reste limitée le long de la Méditerranée et celle du 26 avril qui remonte jusqu’à la région stéphanoise.

Dans les cas précédents, l’anticyclone continental arque bouté derrière les Alpes est faible ou inexistant alors que dans la situation du dimanche 26 avril, il est présent autant au sol centré sur la Biélorussie et la Roumanie, qu’en altitude avec l’excroissance en direction de l’Europe de hautes pressions de la Méditerranée orientale. Le résultat est clair. Dans le cas pascal, les précipitations arrosent fortement la région proche de la Grande bleue, le Mont Aigoual reçoit près de 100 mm, mais elles ne franchissent pas les crêtes des Cévennes. Au contraire le dimanche 26, la présence de l’anticyclone au-delà des Alpes provoque un flux de sud important qui fait remonter les pluies jusqu’à la région stéphanoise. Une fois de plus une constatation s’impose : plus le blocage par l’anticyclone au delà des Alpes est important, plus l’extension des précipitations remonte vers le nord en particulier sur les bassins versants de la Loire supérieure. Cet aspect peut intervenir en toutes saison mais c’est surtout à l’automne que la conjonction de hautes pressions au sol venant du continent ajoutées à celles d’altitude remontant des latitudes tropicales rend ces anticyclones très stables et leur blocage très puissant. La situation du 26 avril montre que ceci peut se produire en avril.

Je vous disais la semaine dernière qu’un temps de nord ou de nord-ouest peut  avoir des effets différents quand il a lieu en plein hiver ou au printemps, une situation cévenole n’a pas, elle aussi, la même intensité pluviale quand elle se produit en avril ou en automne.

 La même situation, donnant les inondations catastrophiques de l’automne, peut provoquer à la fin avril un arrosage salutaire de nature à faire taire tous les discours catastrophistes sur la sécheresse et le manque de la ressource en eau. En 48 heures, deux articles de médias différents sont arrivés le jour ou le lendemain de la grosse pluie, sur la sécheresse : un paradoxe.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes  ou le site de Radio espérance 13 h 15, le texte étant repris sur zoom42.fr et ce blog.

 Bonne semaine à tous.



[1] Gérard Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? » 2003 Editions Aléas, 15  Quai lassagne , 69001 Lyon, disponible chez l’auteur ou l’éditeur.

Par gesta
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Mardi 28 avril 2009

Marcel est à l’origine de cette photo à la veille de Noël 2008 qui montre le brouillard se déverser comme un fleuve par  dessus le collet de Doizieux, situé vers 950 mètres dans le Massif du Pilat entre des hauteurs dans le soleil qui dépassent largement 1000 mètres.

Un anticyclone centré sur le Pays de Galles envoie sur la France un courant de nord accompagné d’une masse de grisaille en provenance de la mer du même nom dans les basses couches de l’atmosphère. Le passage du sommet de ces stratus à l’atmosphère lumineuse située au dessus s’effectue vers 1000 mètres, ce qui correspond à l’altitude de l’inversion de température mentionnée par les radio-sondages.

Cette mer de nuages qui descend du nord  trouve peu d’obstacle montagneux à sa mesure sur la France jusqu’au moment où elle arrive sur l’est du Massif central, barrière de relief dont les sommets dépassent son niveau et la retiennent au nord. Le Pilat constitue  la partie la plus septentrionale de cet obstacle, celle aussi où les altitudes s’abaissent jusqu’au défilé de Vienne en direction du Rhône. Souvent le brouillard continue sur la partie la plus proche de cette vallée.


L’image de satellite transmise par Claude le même jour atteste de cet appendice de brouillards qui descend jusqu’au défile de Tournon. Par ailleurs elle permet de constater que la masse de grisaille est concentrée sur l’ensemble des plaines de la Saône qui viennent buter sur l’obstacle du Pilat, même si on remarque une extension marginale à toutes les zones basses du  nord de l’Europe, Bassins parisiens et aquitains, plaines de la Loire, Plaine centrale suisse etc.  Plus au sud elle touche aussi les bassins du Pô et de l’Ebre. Toutes les montagnes émergent, Vosges Jura, Alpes Pyrénées , même le plateau de langres. Le Collet de Doizieux se situe au cœur du contact climatique.

L’image de satellite en fin de matinée et la photo peu avant le coucher d’un soleil rasant montrent des altitudes différentes de la masse de stratus. Vers 11 heures, les reliefs qui émergent sont souvent nettement en dessous de 1000 mètres, c’est confirmé par  le sommet de la mer de nuages donné par les stations des Alpes suisses. En fin de journée, le flux de nord renforce la masse nuageuse et la fait se déverser par-dessus le Collet de Doizieux.

J’ai parfois écrit «  Le Pilat un paradis pour climatologue », une barrière climatique de première importance en France, mais une limite imparfaite qui permet les communications de l’air et ici  au brouillard de se déverser du nord vers le sud à l’extrémité septentrionale  des plus hautes altitudes du massif du Pilat.

 

Gérard Staron

Merci à mes deux acolytes climatiques

Par gesta
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Samedi 25 avril 2009


Chronique climatologie N°724  : En avril tout est possible 


           Cette mi-avril semble marquer un clivage météorologique à plusieurs échelles.

Les descentes perturbées de nord n’ont plus l’impact, ni la forme qu’elles avaient les mois précédents.

Depuis le début du mois de mars on a pu constater leur possibilité de plus en plus faible à produire de la neige à moyenne altitude. Les descentes froides de fin mars, donnaient des chutes à basse altitude et tenaient un jour à 1000 mètres. La dernière du 16 avril a provoqué une chute à 1000 mètres et n’a tenu une journée qu’au dessus de 1200 mètres sur le massif du Mézenc. Sur le Jura, le manteau est repassé au dessus de 1000 mètres et a disparu à la Chaux de Fond. Sur les Alpes suisses, l’épaisseur maximale a atteint 5 mètres à Santis le 31 mars, un peu tôt dans la saison à 2500 mètres d’altitude pour un maximum. Le manteau fond régulièrement depuis avec 3,75 m le 22 avril.

Depuis la mi-avril, les situations orageuses sont revenues, originales, pas vraiment celles de l’été, mais on est sorti des temps de l’hiver. Habituellement,  le mécanisme orageux est celui de la convection. Il correspond à de l’air chaud accumulé au sol depuis le matin sous l’effet de l’ensoleillement qui s’élève dans l’après-midi. Ces derniers jours, l’inverse s’est plutôt produit, la chaleur du sol était plutôt limitée, mais la présence d’une goutte froide en altitude sur la France, puis le golfe de Gènes, a aspiré l’air du sol et a produit le même effet avec des orages à partir de la mi journée qui ont tournoyé autour de la dépression d’altitude.

Cette goutte froide a aussi provoqué pendant la première partie de la semaine une situation ubuesque au niveau météorologique et thermique, une France sans dessus dessous.

Strasbourg, Colmar ou Metz, villes les plus chaudes de France sous le soleil, quand le sud-ouest et les régions méditerranéennes gardent la fraîcheur et les précipitations. Voilà qui n’est pas usuel. Cette situation s’installe le 19 avril avec 19,3° à Metz. Elle atteint son maximum le 20 avec pour les 3 villes une température qui double presque celle de Toulouse avec 12°  et vraiment celle d’Albi 10,7° contre 22,3° à Metz. Le phénomène est visible jusqu’au 22 inclus. Le 23 les températures maximales chutent presque de moitié dans le nord-est du pays avec 14,6° à Nancy. L’air froid d’altitude est arrivé avec la dernière descente arctique du 16 avril, il a rejoint le sud du pays où il est resté emprisonné très haut au dessus de nos têtes. Pendant ce temps, la jonction entre l’anticyclone des Açores sur l’Atlantique et des hautes pressions sur les pays de la mer Baltique, a coupé de ses bases cet air froid d’altitude qui a stagné sur le sud du pays. Il est devenu ainsi une goutte, espace clos en altitude, et séparé de l’air arctique qui l’a amené.  C’est comme cela que le sud avait le mauvais temps et le nord-est le beau.

La même situation météorologique a de plus en plus de difficultés à imposer sa marque au climat. Il y aura d’autres tentatives de l’air arctique pour arriver jusqu’à nous. Il en déboule toute l’année. Avril est l’un des mois les plus concernés. Une autre descente froide aura atteint une partie occidentale de notre pays au moment où vous m’entendrez, mais la forme a changé par rapport à celles du cœur de l’hiver. Sauf au dessus de 1500 mètres, la neige est improbable. Quelques gelées se produiront peut être dans les cuvettes de moyenne altitude les plus exposées. Par contre une forme orageuse stimulera les précipitations avec des glissières qui vont remonter sur notre pays à partir du sud-ouest. Nous sommes passés dans les situations météorologiques d’été, même quand il fait mauvais temps par descente froide arctique.

Ce mois d’avril clivage au niveau saisonnier peut l’être aussi au niveau des évolutions interannuelles des températures. Lors d’une chronique récente, je vous signalais, pour des stations comme Saint Etienne Bouthéon, Laval ou Lille, comme Jean Louis Grieneisen  à propos de Lyon Bron, l’existence de cycles dans l’évolution des températures d’un peu plus de 3 ans. Pour arriver à cette conclusion, il faut utiliser les moyennes coulissantes sur 12 mois qui neutralisent les aspects saisonniers. Peu ou prou, nous avons tous deux constaté, aux stations déjà cités, des pics croissants dans ces moyennes se terminant  au début 1995, puis au début de 1998, puis de 2001, moins visible à Laval, puis fin 2003 et début 2004 et enfin selon les stations en avril ou en Mai 2007.   

Depuis cette dernière série, une baisse spectaculaire et continue  des températures a placé les moyennes coulissantes sur 12 mois à des niveaux que l’on n’avait pas connu depuis plus de 10 ans, soit depuis la première moitié de 1996, à la fin de février 2009 sur une grande partie de l’Europe, avec une diminution de l’ordre de 2 à 3° selon les stations. Ceci signifie qu’une grande partie du réchauffement antérieurement constaté a été gommé pendant ces deux dernières années. Après un mois de mars 2009 neutre au  niveau thermique, ce mois d’avril met-il fin à cette descente aux enfers ? C’est probable, les sondages effectués, en particulier ceux de mes relevés de Montregard, montrent que les moyennes d’avril seront  nettement supérieures à celles du même mois de 2008, mais notablement inférieures à celles de 2007 dont tous les observateurs avaient signalés le caractère exceptionnel au niveau thermique. Ceci signifierait qu’après la chute remarquable de ces deux dernières années, les moyennes montreraient une légère reprise.

Que les partisans du réchauffement ne se réjouissent quand même pas trop vite. Le refroidissement marqué de ces deux dernières années ne pouvait pas continuer selon le même rythme, car on serait passé à un petit âge glaciaire. Si les cycles d’évolution des températures sur 3 ans constatés depuis le début des années 1990 se confirment, un nouveau pic des moyennes devrait se produire au printemps 2010. On peut déjà dire soit qu’il sera soit nettement en retard, soit  beaucoup plus faible que le précédent d’avril ou mai 2007 ! Tout est mathématiquement ou statistiquement possible, mais la nature ne pourra pas suivre car il faudrait que pendant 1 ans, chaque mois ait une température supérieure de 3° par rapport à son équivalent de l’année précédente. S’il se produit, ce nouveau pic permettrait de constater, quand quelle proportion le réchauffement de la planète est stoppé au niveau des périodes les plus chaudes. Reviendra-t-on aux périodes les plus chaudes de 10 ans en arrière, comme les températures actuelles le laissent supposer ?

On attribue beaucoup de place aux glaces polaires et en particulier à la banquise de l’Océan Arctique dans l’évolution du climat. L’analyse à partir des informations officielles sur Internet montre que les glaces de mer suivent de quelques mois, et ne précèdent pas, les évolutions de températures constatées chez nous.

Le pic de température a eu lieu en Europe en avril ou mai 2007, le minimum de superficie de la banquise a été observé en septembre de la même année, avec une perte de 3 millions de km2 par rapport à la moyenne depuis 1979. A ce moment là, la tendance à la baisse du thermomètre était déjà bien amorcée chez nous.

La reconstitution  de la banquise à la fin de 2007 est très tardive alors que nos mois de novembre et décembre accentuent la baisse des températures

La fusion de l’été 2008 est beaucoup plus faible que celle de 2007 même si c’est la seconde en importance depuis longtemps.

La reconstitution de la banquise est beaucoup plus précoce et forte à la fin 2008. Depuis le début de ce mois d’avril, il faut remonter à 5 ans en arrière pour trouver une superficie englacée aussi étendue, proche de la normale des trente dernières années.

En même temps que la température baissait chez nous, la banquise se reconstituait avec retard après une période de vache maigre. Ce retard va-t-il freiner maintenant une éventuelle hausse des températures chez nous ? Ne donne-t-on pas trop d’importance à la banquise dans l’évolution du climat ?


Gérard Staron vous donne rendrez vous samedi prochain sur radio Espérance 13h15, le texte étant repris sur ce blog : gesta.over-blog.com et le portail  zoom42.fr.  
Par gesta
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Lundi 20 avril 2009


        A quoi correspond cette vague photographiée par Marcel avant qu'elle ne l'engloutisse avec son épouse ?
Sûrement pas à un Tsunami !
Des signes montrent que l'on ne se trouve pas sur une plage de rêve avec une vague de surf.
Les petits sapins, les reliefs qui émergent au fond montrent que l'on se trouve sur une montagne sur un sol enneigé en hiver le 2 janvier 2009 sur la Croix de Chaussitre.(Massif du Pilat) en fin de journée.
Un anticyclone centré sur l'Ecosse descend sur la France avec un flux de nord qui accompagne  la venue d'une masse énorme de nuages bas en provenance des hautes latitudes et qui arrivent jusqu'au Massif du Pilat selon l'image de satellite. Ils n'iront pas plus loin stoppés par la  retombée dans la vallée du Rhône. Ces stratus ou ce brouillard avancent en dessous de 1200 à 1300 mètres , l'altitude de l'inversion de température selon les radiosondages, comme une véritable vague. Une arrivée, un mur, qui ne correspond pas vraiment à l'idée traditionnelle de la formation du brouillard.

Gérard Staron

merci à Marcel

Par gesta
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Lundi 6 avril 2009

L’enneigement de Saint Etienne au versant septentrional du Pilat

Hiver 2008-2009 – situation fin mars 2009

Gérard Staron


Article paru dans le numéro d'avril 2009 de "Au fil du temps" bulletin mensuel de l'A.M.R.L.

Depuis le 22 novembre, il est possible d’observer de la neige au dessus de la ville soit 132 jours. Depuis la mi mars, il ne s’agit que de plaques et de congères à l’orée de la forêt dont celle du Vallon de Salvaris vers 950 mètres proches de disparaître le 31 mars. Ceci ne peut être considéré comme de l’enneigement puisqu’il faut au moins la moitié du sol recouvert. A l’exception du 24 au matin la neige n’est jamais descendue en dessous de 900 mètres en mars, et le manteau a été surtout le résultat de l’agonie des grosses couches tombées en décembre puis février sans grand renforts nouveaux.

Le bilan provisoire de l’hiver est éloquent à moyenne altitude avec 118 jours d’enneigement à 1000 mètres dont 113 de continu. La comparaison avec les vieilles séries de Tarentaise montre que le record de 1964-65 (116 jours) est battu. Par rapport à la moyenne des 5 dernières années, l’enneigement n’est excédentaire qu’au dessus de 600 mètres soit au dessus de la ville. Au niveau de ma station vers 500 mètres, le nombre de jours de chutes depuis le début de la saison (28 avec 2 en mars) dépasse celui du manteau blanc tenant au sol qui n’a pas évolué pendant le mois.   

Le bilan ci-dessous du nombre de jours mensuel d’enneigement comparé à la moyenne des 5 dernières années est-il définitif ? Avril a souvent ajouté son point d’orgue.

 

altitudes

octobre

Novembre

Décembre

Janvier

février

mars

total

moyenne hiver

1000

2

9

31

31

28

17

118

78,2

900

1

9

25

25

25

2

87

64,2

800

 

6

17

18

16

1

58

54,2

700

 

4

13

17

13

1

48

46,4

600

 

3

12

10

12

1

38

37,2

500

 

1

11

4

10

0

26

29,2

 

Le graphique de l’altitude de base de l’enneigement (hors congères résiduelles) montre seulement un hiver 2009 moins tardif que les précédents. La concomitance d’un bref retour de la neige vers le 23-24 mars comme en 2008 est intéressante.

Par gesta
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Samedi 21 mars 2009


Chronique climatologie n°720


Le réveil de l’anticyclone des Açores

 


  L’anticyclone des Açores est revenu lors de la seconde décade de mars et avec lui le beau temps et le soleil.

Il est sorti de sa base du sud de l’Atlantique, près des îles des Açores qui lui ont donné son nom, pour gonfler en direction de notre pays. Depuis très longtemps, il ne s’était pas livré à une telle incursion dans notre direction. La progression a commencé le 11 mars. La première étape jusqu’au samedi 14 mars s’est limitée à une avancée des bautes pressions au sol, celles d’altitude restant au sud de le Péninsule ibérique. Après une faiblesse pendant le week-end, l’anticyclone est revenu avec un peu plus de hardiesse au début de cette semaine. Cette fois il est remonté au sol jusqu’aux Iles Britanniques  et à la mer du Nord. En altitude, au niveau de la surface des 500 hpa, il a étendu son influence sur l’ouest de notre pays.

Le ciel bleu que cette situation atmosphérique a engendré sur l’est de la France avec un ensoleillement très chaleureux a provoqué une hausse très rapide des températures maximales devenues très vites printanières, par contre les minimales n’ont pas suivi.

Les gelées sont restées très présentes sur notre pays. Pour les justifier, il a été invoqué le fort rayonnement nocturne sous un ciel dégagé. Il est réel que l’absence de couverture nuageuse et la sécheresse de l’air facilitent autant le réchauffement diurne que le refroidissement nocturne. Toutefois ces gelées traduisent une situation plus complexe avec plusieurs cas :

 ---Elles concernent un grand quart nord est de la France le 12 et le 17 mars. Dans ce cas la station du Puy en Velay est la plus froide du pays à des altitudes inférieures à 1000 m, avec -4,9° le 12 et – 3,9° le 17. Le thermomètre est négatif au nord-est d’une ligne qui s’étire des Ardennes au Massif central et aux Alpes du nord. Il s’agit des journées où un flux de nord-est descendant sur le flanc des hautes pressions s’est installé de façon généralisée en débordant à partir de l’Allemagne et de l’Europe du nord et en avançant de façon systématique sur la bordure orientale de l’anticyclone jusqu’à ce qu’il soit stoppé au centre du Bassin parisien  et sur la retombée des reliefs de la moitié sud de la France.

 --- Lors de la première phase anticyclonique, le 13 et le 14, les températures négatives sont centrées sur l’ensemble du Massif central, le Puy est toujours le pôle du froid, mais de Rodez à Vichy et Saint Etienne la totalité du massif est concernée . De façon secondaire, les gelées débordent sur le pied des Alpes, avec Chambéry et Grenoble Saint Geoirs. A ce moment là, la présence d’un manteau nival encore conséquent sur ces reliefs a joué son rôle de réfrigérateur nocturne sur les régions basses voisines pour imposer ces gelées et aggraver la baisse  du thermomètre.

 --- Ultérieurement, cette semaine, on distingue chaque jour deux îlots de températures négatives séparées sur notre pays, avec des espaces de superficies différentes.  D’abord un ensemble du nord-est par où arrive le flux froid continental. Il est plus champenois et Lorrain lundi 16 mars, seulement alsacien le 18. Il recouvre l’ensemble de l’Alsace-Lorraine en s’insinuant jusqu’au pied du Jura le 19 et s’étend encore le 20 jusqu’aux Ardennes. Au centre du pays, le second ensemble s’étire au nord du Massif central. La ville la plus froide n’est plus Le Puy mais Vichy ou parfois Nevers le 19 avec -4,7°. Les cuvettes du Bourbonnais, du Nivernais, et le Charollais entre Loire et Allier subissent les températures négatives. Les gelées s’étendent même à la Sologne avec Romorantin et Orléans le 19 et le 20. Cette zone centrale s’explique par la stagnation de l’air froid dans des cuvettes qui reçoivent de face ce courant de nord-est. Des stations comme Nevers et surtout Vichy sont très sensibles à ces temps de nord anticycloniques comme nous l’avions déjà constaté en octobre dernier.

 

  .Ce mois de mars présente deux faces thermiques contrastées avant et après l’arrivée de l’anticyclone des Açores. Jusqu’au 10 mars, ce dernier est resté reclus sur l’Atlantique et il a laissé le libre passage aux perturbations qui descendaient des hautes latitudes et qui ont traversé notre pays jusqu’au golfe de Gènes. Pendant cette décade les températures sont nettement inférieures à la moyenne du mois de mars de l’an dernier, déjà pourtant très basses. C’est ce que j’ai pu mesurer à Montregard avec une moyenne de ces 10 premiers jours à 2°. Par contre, dès l’arrivée des hautes pressions, le maintien de gelées matinales n’empêche pas les températures maximales d’effectuer un bond en avant en dépassant 11° et la moyenne quotidienne de monter au dessus de 5° ce qui n’avait pas été le cas avant au même poste. Les apports du soleil commencent à être efficaces en cette saison avec l’augmentation de l’angle d’incidence de ses rayons et une durée plus longue des jours.

Cette dualité de mars 2009 se retrouve à des échelles plus longues. Les situations anticycloniques remontant des Açores avaient été prédominantes pendant les mois de janvier et février 2008 pour fournir un hiver très doux. Cette année, ces mêmes hautes pressions réfugiées sur l’Atlantique ont laissé un boulevard pour la descente de l’air polaire jusqu’à nous. Le résultat a été réfrigérant avec des températures mensuelles inférieures de 4 à 5° pendant les deux mêmes mois de 2009 par rapport à l’an dernier. L’hiver rude que nous venons de subir en résulte en grande partie.

L’analyse des températures moyennes coulissantes sur 12 mois, ce qui présente l’avantage de faire disparaître les différences saisonnières, laisse apparaître une hausse des températures culminant en avril ou mai 2007 suivi d’une baisse jusqu’à février 2009. Nous avons constaté dans une chronique antérieure cet aspect pour Laval ou Saint Etienne Bouthéon. Jean Louis Grieneisen effectue la même remarque dans le dernier bulletin des météorologistes d’entre Rhône et Loire, à propos des températures de Lyon Bron avec un maximum de 14,7° pour l’année juin 2006/ mai 2007 et une baisse de 2,5° de Juin 2007 à février 2009. Il est facile de constater que les mois qui ont précédé le maximum ont été remarquables par la multiplication des temps anticycloniques qui ont fourni un temps ensoleillé accompagné de températures maximales élevées avec une canicule en juin et juillet 2006, un automne 2006 le plus doux depuis 1949 et pour clore un avril 2007 exceptionnel. La seule exception est Août 2006 marqué par des descentes froides et le repli de l’anticyclone des Açores sur l’Atlantique.

Depuis mai 2007, les hautes pressions sont restées le plus souvent timides sur l’Atlantique, elles ont laissé le passage libre pour les descentes d’air arctique, en novembre et décembre 2007, puis pendant une grande partie des saisons chaudes 2007 et 2008 et enfin lors de ce dernier hiver. A l’exception des mois de janvier et février 2008, tous ces mois ont été marqués par des températures médiocres et une baisse de l’ordre de 2 à 3° pour l’ensemble de l’Europe occidentale, 2,5° à Lyon , 3° à Montregard en liaison avec la défaillance de l’anticyclone des Açores..

Ceci fait apparaître un facteur explicatif important dans l’évolution des températures, la circulation générale de l’atmosphère qui permet soit l’accumulation de la chaleur solaire en cas de remontée de l’anticyclone des Açores au ciel clair, soit le froid ou la fraîcheur quand le retrait des hautes pressions sur l’Atlantique laisse le passage libre aux descentes polaires. Cette explication est très nette pour la dernière pulsion à la hausse des températures en 2006 et au début de 2007, puis celle à la baisse depuis 2007. Une telle pulsion de plus de 2° dans chaque sens, ne saurait être liée aux rejets par l’homme des gaz à effet de serre dont la concentration évolue très lentement d’une année à l’autre. Il est difficile de la mettre aussi en relation avec  les cycles solaires qui évoluent selon des pas de temps différents. La circulation générale de l’atmosphère avec l’avancée sur l’Europe ou le retrait sur l’Atlantique de l’anticyclone des Açores est le troisième facteur qui pourrait bien apparaître comme le trouble fête de l’évolution des températures.
 

  Voilà une hypothèse qui mérite une vérification sur une durée plus longue !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de radio Espérance 13 H 15, le texte de cette chronique étant repris par le portail Internet zoom42.fr et ce blog.

Par gesta
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Samedi 7 mars 2009


Chronique climatologie N°718:

 

 Bilan d’un hiver irrespectueux


    L’hiver météorologique se termine fin février selon les normes officielles en vigueur, la limite de l’équinoxe du 21 mars étant une référence cosmique et ceci ne veut pas dire que le froid et la neige aient terminé de nous taquiner.

Vous entendez, ici et là, un premier bilan qui place cette saison parmi les plus froides sur la France. Il s’agirait du record ou presque de ces 20 dernières années, même si dans la région Centre-est l’hiver de 2005-2006 présente des températures parfois plus basses comme à Lyon. A Montregard, les 3 mois de décembre à février 2009 ont connu les 3 seules moyennes négatives depuis le début de mes observations régulières !

L’enneigement est aussi exceptionnel dans les zones de moyenne altitude. Sur le Pilat à 1000 mètres, il dépasse déjà 107 jours, les 112 jours de 2005-2006 sont en sursis, comme les 116 jours de Tarentaise à la même altitude en 1964-65. L’exceptionnel se situe pourtant ailleurs dans la continuité du manteau blanc depuis le 22 novembre, soit 105 jours, ce qui constitue un véritable record qui augmente encore chaque matin d’une unité. Sur le Massif central, l’enneigement n’est qu’une suite d’épisode discontinus dans le temps avec de faibles épaisseurs, or qui n’a pas reçu cette année des photos avec des murs de neige tenace depuis novembre en provenance des massifs du Mézenc, du Vivarais, du Pilat, du Forez ou autres !

Il est aussi banal de rappeler le cocktail d’intempéries qui ont accompagné cette saison froide. Les deux grosses chutes de neige lourdes sur le Massif central quand le manteau s’est installé à la mi décembre. La première centrée sur le Pilat entre le 9 et le 11 décembre et la seconde sur les hauteurs centrales du Velay à l’Auvergne les 14 et 15 du même mois, ont mis en place un réfrigérateur tenace au centre du pays qui est encore partiellement en place. Au moment du premier maximum de janvier, des épisodes de verglas ont affecté la région lyonnaise et la plaine du Forez. Une nouvelle chute de neige lourde a perturbé la région marseillaise, le manteau blanc n’atteint la Méditerranée avec de grosses couches que lors des grands hivers. Quand l’air froid a repris sa poussée à la fin de janvier, deux tempêtes ont jalonné sa progression, la célèbre Klaus dans le sud-ouest,  mais aussi celle plus océanique de la Vendée à l’Yonne, un peu plus tard. Leur latitude plus basse par rapport à la trajectoire traditionnelle le long de la Manche  a montré l’agressivité de l’air froid qui a continûment poussé vers le sud. Février sans calamité considérable a continué à accumuler la neige et des précipitations record dans des régions où ce mois est habituellement sec. Lyon Bron a connu le 6 février l’abat pluviométrique en 24 heures le plus important pour des mois de janvier à avril depuis 1921 avec 64,8mm. Beaucoup de ces épisodes ont été accompagnés d’inondations sur de nombreux cours d’eau, la Garonne, La Charente, le Vidourle, le Gier, le Coulon près de Cavaillon, surtout 2 fois le bassin de l’Adour et son affluent la Nive. Sans être exceptionnelles ces crues ont apporté leur lot de problèmes aux riverains.

Un tel hiver commence peut être à inciter à la réflexion les partisans les moins extrémistes de la lutte contre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre supposés le produire. Pour conserver le moral des troupes, les plus mordus n’ont pas hésité à utiliser les incendies de la canicule australienne, et l’émission de Delarue sur A2 qui heureusement pour ses participants ne se passait pas dans la rue!

Les gens de bon sens auront pu constater à cette occasion qu’un hiver doux, comme les deux précédents, présente moins de danger et de calamités que celui plus rigoureux que nous venons de subir. Avec un prix du pétrole pourtant bien moins cher, le montant des factures de chauffage risque d’être au moins aussi important que l’an dernier. Le coût du déneigement risque d’être particulièrement salé cette année, sans compter l’impact sur les arbres d’alignements et l’état des routes. Les perturbations des moyens de transports ont suscité beaucoup de polémiques et de difficultés économiques qu’il s’agisse des problèmes survenus sur les aéroports de Paris perturbés autant par les phénomènes de verglas, de neige que de vent, de la circulation routière ou ferroviaire en particulier dans les régions de Paris, de Marseille par la neige ou de Lyon pour le verglas. Le cumul des foyers privés d’électricité au cours de la saison dépasse le demi million  quand on ajoute ceux des deux chutes de neige lourdes de décembre sur le Massif central et ceux des deux tempêtes surtout celle du sud-ouest où la remise en état a été très difficile dans une zone d’habitat dispersé. Même si les tempêtes ne sont pas exclusivement un phénomène hivernal, il est difficile de ne pas imputer le coût des dégâts aux biens,  aux habitations et aux forêts avec l’impact économique induit. Certains sont incités à une réflexion inconvenante : Le réchauffement n’est peut être pas un danger quand il concerne l’hiver !

Cet hiver plus tenace que rude n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans une période de baisse des températures, commencée au printemps 2007. Quand on prend en compte les moyennes coulissantes de températures sur 12 mois, ce qui fait disparaître les aspects saisonniers, les stations européennes ont quasiment toutes connues un maximum pour l’année se terminant en Avril ou mai 2007. Depuis, quelle chute générale ! Commencée dans le second semestre de 2007 et le premier de 2008, les moyennes ont hésité quelques mois avant de plonger à nouveau pendant cet hiver ! La chute a été de 2,7° à Lyon Bron. Pour ma part elle atteint 3° à Montregard de 10,4° à 7,4°. La plus grande partie de l’Europe se situe entre 2 et 3° de moins. Les personnes de bonne foi s’interrogent. Jean Jouis Grieneisen a intitulé son article dans le dernier bulletin des météorologistes d’entre Rhône et Loire «  la fin du réchauffement ou juste une accalmie passagère ».

 La question du changement de tendance est d’autant plus d’actualité que d’autres paramètres confirment. Le continent nord-américain a subi un hiver au moins aussi rigoureux que le notre, même plus tenace en débordant sur ce début du mois de mars avec un enneigement qui est descendu dans le sud. Il restait le 4 mars une couche de neige substantielle dans le nord des états de l’Alabama et du Mississippi qui bordent par ailleurs le golfe du Mexique.

La banquise arctique a certes eu une grosse faiblesse pendant l’été 2007, mais depuis elle récupère des surfaces normales. Sa fusion de l’été 2008 a déjà été plus faible d’environ 1 millions de km2. La reconstitution des glaces a été précoce à l’automne 2008 dès novembre. Actuellement elle arrive au maximum de mars 2008. Tous ces éléments convergent dans un seul sens depuis mai 2007, celui de l’arrêt du réchauffement, et je vous ai expliqué dans des chroniques antérieures pourquoi il pourrait en être ainsi pendant une trentaine d’années.

Tout ceci peut provoquer une année 2009 assez agitée, c’est déjà commencé car il y a l’accumulation de trois éléments dangereux.

Dans mon ouvrage de 2003 « Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? »[1], j’ai déjà observé la concordance dans l’histoire des grands hivers et des périodes révolutionnaires. 1789, les trois glorieuses de 1830, les révolutions de 1848, 1917, les grandes grèves de 1947 et bien d’autres dont la crise de 1929, ont été précédés d’hivers particulièrement rudes. Voilà qui constitue un dangereux précédent ! Ce n’est pas pour rien que mardi gras et la période des Carnavals sont situés à la sortie immédiate de l’hiver. Ne s’agit-il pas d’une période difficile à supporter qui provoque un moment de défoulement dans nos sociétés. D’ailleurs beaucoup de périodes révolutionnaires commencent à la fin de février : 1848, 1917. Comme cette année il s’ajoute une crise financière puis économique qui a toutes les raisons de marquer les esprits par son ampleur, cette accumulation de circonstances dangereuses ne me dit rien qui vaille !

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance 13 h 15, le texte étant repris par le portail Internet zoom42.fr et ce blog.

 

 

 

 



[1] Gérard Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes » 2003 Editions ALEAS, chapitre 2 p60 à 65, disponible auprès de l’auteur ou de l’Editeur ALEAS 15 quai Lassagne 69001 LYON.

Par gesta
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